Big Four

Gestion du changement

28 Octobre 2017 Par Thierry Raizer
Durant la conférence annuelle d’EY, Olivier Maréchal, en charge de l’Advisory, a reconnu que la digitalisation pousse le conseil traditionnel à aller vers des managed services comme la prise en charge de reportings pour le compte de clients. (Photo: Sebastien Goessens)

EY, PwC et Deloitte ont présenté des résultats 2016-2017 en hausse. Derrière cette dynamique, les Big Four continuent d’adapter leur offre de services et leurs fonctionnements en regardant à travers le prisme du digital.

Avec l’automne vient le temps des résultats des Big Four. Un moment choisi par PwC, Deloitte, KPMG et EY pour effectuer le bilan de l’année fiscale écoulée et surtout pour parler perspectives et évolution des métiers. Car c’est bien de gestion du changement dont il est question pour ces quatre navires des services aux entreprises, principalement du secteur financier.

Depuis la crise financière, les quatre cabinets ont dû suivre l’évolution – à succès – du secteur bancaire luxembourgeois vers une clientèle fortunée ou encore accompagner leurs clients vers les nouvelles obligations réglementaires. Plus largement, ils ont dû mettre en place les programmes internes nécessaires à la conduite du changement dans la manière de proposer les services aux acteurs établis, mais surtout à l’attention de nouveaux entrants ou d’émergents. À l’instar des initiatives qui se sont développées dans leur giron depuis cinq ans pour capter les start-up.

Outre les noms de code que peuvent revêtir ces programmes, il s’agit bien pour les comités de direction de PwC, Deloitte, KPMG et EY de penser la croissance de leur firme sur un moyen terme, compte tenu des évolutions du marché.

Triple disruption

Si les chiffres présentés en ce mois d’octobre pour trois des quatre cabinets (KPMG réalisera l’exercice en décembre) reflètent une croissance qui peut paraître infinie vue de l’extérieur, les principales firmes d’audit et de conseil aux entreprises réaffirment leur volonté de penser « out of the box »  afin de tenir compte de la lame de fond qui secoue leurs métiers et qui tient en un mot: «digital».

La technologie bouscule les fondements du conseil fiscal en rendant possible l’automatisation des processus routiniers. Le fiscaliste devra donc approfondir son expertise pour proposer davantage de valeur ajoutée au client. La technologie remet en question le rôle de l’auditeur dont les clients pourraient se passer, par exemple dans un schéma de transactions effectuées via la blockchain. La technologie amène aussi des acteurs de plus petite taille à pouvoir proposer des conseils et services aux grandes entreprises.

EY, qui a été le premier cette année à présenter ses résultats – le 9 octobre –, en a profité pour souligner devant la presse cet agenda digital en interne et à destination de clients. «Dans le domaine fiscal par exemple, nous donnons accès à nos clients à un répertoire mondial d’informations fiscales, permettant d’évaluer leurs remboursements d’impôt ou d’automatiser leur reporting de mise en conformité de TVA, mentionne EY dans son rapport annuel. Plus encore, nos clients s’adressent à nous pour la mise en place de robots visant à automatiser leurs processus financiers ou à les assister dans la stratégie digitale de mise sur le marché de leurs produits ou services.»

Emplois en jeu

Les Big Four sont à la recherche des nouvelles sources de revenus à la fois en provenance directe et indirecte du digital. Ils entendent également bien se positionner en fonction du contexte qui réserve parfois des surprises, dont la dernière en date est le Brexit.

Olivier Maréchal, en charge de l’Advisory chez EY, reconnaissait que la digitalisation pousse le conseil traditionnel à aller vers des managed services comme la prise en charge de reportings pour le compte de clients. «Le contexte est favorable au Luxembourg, notamment grâce au Brexit, ajoutait-il. Nous pouvons aider les clients à redéfinir leur modèle à la lumière du Brexit.»

Au vu de leurs résultats, l’année fiscale s’est déroulée sans encombre majeur pour les Big Four. Chaque cabinet affiche une croissance proche ou atteignant les deux chiffres et est en progression constante. Le signe de la bonne forme de l’économie luxembourgeoise et de la compétitivité de l’expertise locale à l’international. Pour maintenir ces niveaux et assurer la livraison des services, les new joiners sont toujours autant convoités par les services RH.

«Nous envisageons de recruter encore plus de 400 collaborateurs au cours de l’année fiscale 2018, déclare Patricia Gudiño Jonas, people partner chez EY Luxembourg. En prévision de l’année fiscale en cours, nous avons quasiment multiplié par trois le recrutement de professionnels en conseil afin d’anticiper une plus forte demande en services informatiques et digitaux.»

Transition chez Deloitte

Au total, PwC, Deloitte, EY et KPMG emploient quelque 7.800 personnes au Luxembourg contre quelque 3.900 dix ans auparavant. Cette année, la séquence des résultats annuels a été précédée par l’annonce d’un nouveau managing partner chez Deloitte. Comme Paperjam l’a révélé le 6 octobre dernier, c’est le Maltais d’origine John Psaila qui a été choisi par les associés actionnaires de la firme parmi quatre candidats. À 40 ans, il s’apprête à prendre le relais d’Yves Francis qui était en poste depuis 2010. Sa prise de fonction se déroulera le 1er juin 2018.

«Je compte garder une belle cohésion au sein de la firme, tout en ayant les yeux ouverts sur ce qui se passe sur le marché, sur les défis auxquels nous devons répondre, déclarait John Psaila. J’aurai aussi à cœur de faire évoluer la firme, entre autres en l’équipant au niveau technique en interne, afin de répondre aux exigences de nos clients.»

À la tête d’un navire qui vogue sur des flots parfois chahutés, John Psaila devra, comme ses concurrents, faire en sorte que l’embarcation garde l’agilité nécessaire face aux nouveaux venus parfois moins robustes, mais plus rapides.