Les Qataris cèdent leur place aux Chinois

Frieden: «Legend Holdings ne va pas changer la banque»

03 Septembre 2017 Par Jean-Michel Gaudron
Luc Frieden, président du conseil d’administration de la Bil
Luc Frieden assure que l’opération sera sans conséquence sur le quotidien. (Photo: capture d’écran / Maison Moderne)

En marge de l’officialisation de la vente par Precision Capital de sa participation dans la Bil à Legend Holdings, tant le cédant que le management de la banque soulignent une opération sans conséquence sur la stratégie en place.

L’effervescence était palpable vendredi après-midi, dans la salle où s’est tenue la conférence de presse officialisant le rachat par le groupe chinois Legend Holdings de la participation de 90% détenue par Precision Capital dans le capital de la Banque internationale à Luxembourg (Bil). Une cabine de traduction avait même été installée pour traduire en chinois les propos échangés.

Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’une information de cette ampleur est annoncée. Et vu du côté du vendeur, la satisfaction est forcément de mise, ne serait-ce que par la large plus-value réalisée sur cet investissement: acquise pour quelque 657 millions d’euros en 2012, la part de Precision Capital est en effet revendue pour 1,5 milliard environ, soit de plus de 125% de plus!

Nous cédons aujourd’hui une banque solide, profitable et qui continue à croître

George Nasra, le CEO de Precision Capital

«C’est une très bonne expérience», explique sobrement à Paperjam.lu George Nasra, le CEO de Precision Capital. «Nous avons pris la banque à un moment où l’ancien propriétaire était en crise. Nous avons stabilisé le management puis construit un plan stratégique à long terme. Les fondations de la banque sont très solides: elle dispose d’un héritage fort et est bien ancrée dans la société luxembourgeoise. Nous cédons aujourd’hui une banque solide, profitable et qui continue à croître. Tous nos objectifs ont été atteints.»

George Nasra l’a rappelé lors de la conférence de presse: Precision n’a pas amorcé le contact avec Legend Holdings, ce sont les Chinois qui ont fait le premier pas, en octobre 2016. Ils n’ont d’ailleurs pas été les seuls.

Lorsque les Qataris sont entrés dans le capital de la Bil, en 2012, l’actuel président du conseil d’administration de la banque, Luc Frieden, était ministre des Finances. Il connaît donc les deux faces du miroir. Autres temps, autre contexte, évidemment, mais avec tout de même quelques similitudes.

Il n’y aura pas de changement, ni pour les clients, ni pour le personnel

Luc Frieden, président du conseil d'administration de la Bil

«La situation est évidemment beaucoup moins dramatique aujourd’hui qu’il y a cinq ans», explique M. Frieden à Paperjam.lu. «Mais dans les deux cas, l’objectif est de renforcer la Bil comme une banque stable, luxembourgeoise, axée sur le marché national et la Grande Région. Par le passé, quels que furent les actionnaires étrangers, la Bil est toujours restée une banque luxembourgeoise. C’est encore le cas ici, puisque la stratégie, le président et la direction vont rester les mêmes. Il n’y aura donc pas de changement, ni pour les clients, ni pour le personnel.»

Luc Frieden s’est également montré rassurant quant à l’avenir social au sein de la banque, aucun plan social pour motif économique n’étant envisagé dans les trois années à venir.

 

Le CEO de la Bil, Hugues Delcourt, dont une grande partie de la carrière s’est déroulée en Asie (en Chine, en Corée, en Malaisie et à Singapour), n’a pas caché pour sa part son «excitation» à l’idée de cette nouvelle aventure qui se profile. «Ce qui était important, pendant la période qui vient de s’achever, c’était d’expliquer notre stratégie, nos ambitions et notre vision pour la banque», explique-t-il à Paperjam.lu. «C’est tout cela que Legend Holdings a apprécié. Bien sûr, le groupe est important en Chine et cela pourra nous apporter des opportunités additionnelles de développement, mais cela ne constitue pas un changement stratégique en soi. Nous n’en sommes qu’au début et nous prendrons le temps, après la clôture de la transaction, qui devrait prendre plusieurs mois, de nous asseoir autour d’une table et d’étudier toutes ces opportunités et la façon dont nous pourrons en bénéficier. »

Une discussion qui pourrait être rendue facile par le partage remarqué par M. Delcourt d’un certain nombre de valeurs.

De son côté, Pong Li, executive vice president de Legend Holdings, a tenu, hors caméra, à souligner l’environnement favorable dans lequel son groupe a investi. «Cela s’inscrit dans notre stratégie», a-t-il indiqué à Paperjam.lu. «La Bil dispose d’une très belle taille en matière d’actifs et d’un potentiel de croissance, sur la base d’un business stable, ce qui est très important pour nous. C’est une banque qui dispose aussi d’une équipe très expérimentée et professionnelle, ce qui est idéal pour nous développer plus loin. Et puis il y a aussi l’importance de la situation du Luxembourg, qui est l’une des économies les plus performantes. Nous avons pu constater combien le gouvernement était efficace et bienveillant avec les investisseurs étrangers. C’est l’ensemble de tous ces éléments qui ont influé dans notre décision.»