Que dit la législation?

Face à la canicule, la patience est de mise au travail

24 Juillet 2018 Par Audrey Somnard
Les travailleurs extérieurs sont les plus à même de souffrir de la chaleur.
Les travailleurs extérieurs sont les plus susceptibles de souffrir de la chaleur.  (Photo: Licence C.C.)

Une alerte canicule prévue pour mercredi, avec des températures entre 33 et 35° l’après-midi, ne fait pas les affaires des salariés. Si au bureau, c’est déjà difficile, les employés du bâtiment souffrent directement de la météo. Et le Code du travail ne prévoit rien ou presque.

La canicule pourrait devenir un événement récurrent au Luxembourg, mais, en attendant, le pays n’est pas préparé à ce phénomène. Si des mesures de veille pour les personnes âgées sont mises en place chaque été, le Code du travail, lui, ne prévoit rien en cas de températures extrêmes.

«Les employeurs sont tenus de prévoir un point d’eau pour leurs employés, mais c’est tout ce que mentionne le Code du travail. Il est adapté au Luxembourg où les phénomènes de canicule sont très récents et rares. Avec le changement climatique qui va intensifier ces périodes de forte chaleur, il faudra sûrement ajuster le Code du travail en conséquence», estime Marco Boly, directeur de l’ITM (Inspection du travail et des mines).

C’est d’autant plus difficile pour les employés du bâtiment qui sont à l’extérieur.

Marco Boly, directeur de l’ITM (Inspection du travail et des mines)

En attendant, il va falloir prendre son mal en patience: «C’est d’autant plus difficile pour les employés du bâtiment qui sont à l’extérieur. Mais les congés collectifs commencent ce week-end, ils vont pouvoir souffler», relativise le directeur de l’ITM, qui n’a pas vraiment de solution à apporter.

Un phénomène peu habituel

Sur le terrain, Jean-Luc De Matteis, secrétaire de la branche Construction de l’OGBL, confirme que la situation est difficile sur les chantiers: «À part la mise à disposition d’eau obligatoire pour les employés, ce qui n’est pas toujours appliqué, la situation se règle au cas par cas. Certaines entreprises permettent de commencer une à deux heures avant, des pauses à l’ombre sont multipliées, du matériel spécial est mis à disposition pour soulager de la chaleur. C’est au délégué à la Santé et la Sécurité d’estimer au mieux la situation, en concertation avec l’employeur.»

Stress supplémentaire, fatigue physique, ce phénomène peu habituel au Luxembourg fatigue plus vite: «Les employés sont épuisés, les congés collectifs sont vraiment les bienvenus à cette période», ajoute le syndicaliste qui représente un secteur de plus de 44.000 salariés, d'après les chiffres du Statec au premier trimestre 2018.

Un couvreur ne pourra pas continuer son chantier sur un toit d’ardoises chauffées à 70°.

Jean-Luc De Matteis, secrétaire de la branche Construction de l’OGBL

Les employeurs ont la possibilité de déclarer du «chômage pour intempéries» en cas de trop forte chaleur, ce qui équivaut à un risque de santé pour les employés.

Cela n’a été appliqué que pour des faits rarissimes, estime Jean-Luc De Matteis, qui rappelle que pour certains métiers, il est tout bonnement impossible de travailler dans ces conditions: «Un couvreur ne pourra pas continuer son chantier sur un toit d’ardoises chauffées à 70°.»

Le droit du travail reste global en matière de sécurité et santé

Maître Ariane Claverie, avocate spécialisée en droit du travail chez Castagnaro, confirme que le droit du travail reste global en la matière: «L’employeur est désigné responsable de la santé et la sécurité de ses employés sur le lieu de travail, à travers le délégué à la Sécurité quand il y en a un, il doit anticiper en cas de forte chaleur. Mais les employés doivent également communiquer en interne sur leurs besoins et les aménagements possibles.»

Ventilateurs, climatisation, adaptation des tenues, tout est possible pour permettre aux employés de travailler dans des conditions correctes: «Si une personne se sent mal, si elle n’a pas communiqué en avance des problèmes de santé particuliers, l’employeur n’est pas responsable. Si tout un open space se sent mal, cela sera, par contre, de sa responsabilité», estime l’avocate.