Mudam

Et pourtant, ils exposent

18 Novembre 2014 Par France Clarinval
Une œuvre monumentale de Jean Tinguely sera prêtée par le musée de Bâle. (Photo: ProLitteris Zürich Museum Tinguely Basel)

La présentation de la programmation 2015 du Mudam laisse présager de beaux rendez-vous, malgré un contexte d’économies et de réduction budgétaire.

 Une hausse de fréquentation, des artistes récompensés, des collaborations internationales de prestige, des projets originaux… Le Mudam version 2015 veut croire en sa bonne étoile. «Quand Lee Bull remporte le prix du meilleur artiste à la biennale de Gwangju, quand Heimo Zobernig est sélectionné pour représenter son pays à Venise, quand une œuvre de Yuri Suzuki créée au Mudam intègre la collection du MoMa, quand nos expositions voyagent à Paris, Montréal, Washington ou ailleurs… C’est n’est pas seulement de la chance. Ce sont des signes de notre rôle de révélateur et de l’excellence de nos propositions», se félicitait Enrico Lunghi, directeur du Mudam lors de la présentation de la programmation 2015.

Des signes enthousiasmants en effet, parmi lesquels Jacques Santer, président du conseil d’administration, relève surtout «la hausse de fréquentation de quelque 12% pour atteindre peu ou prou 80.000 visiteurs», ce qui pour une ville de 100.000 habitants est un excellent score. Il se réjouit de voir «le café enfin bénéficiaire» et «la boutique sur de bons rails». Il tempère cependant cette approche comptable en se rappelant que «l’art contemporain n’enthousiasme généralement pas ses contemporains» et que «Mozart a été sifflé et Van Gogh n’a rien vendu de son vivant».

À qui la faute

C’est donc une tâche ardue que de mettre en œuvre une programmation d’expositions digne et à la hauteur des ambitions affichées. «Nous travaillons trois à quatre ans en amont. Les expositions que vous verrez l’année prochaine ont donc été entamées en 2012», signe le directeur, dont on ne sait pas s’il est en train de titiller la ministre voisine en lui démontrant ainsi qu’elle n’y est pour rien.

Pour quelque chose ou pas, Maggy Nagel n’a pas manqué non plus d’aligner les superlatifs et les encouragements. «La qualité du programme montre le rôle essentiel que joue le Mudam dans la vie culturelle du Luxembourg, et au-delà, dans la qualité de vie du pays.» La ministre de la Culture a également salué les nombreuses collaborations que le musée tisse avec les institutions culturelles luxembourgeoises et étrangères et qui «contribuent à l’image de marque du Luxembourg».

Malgré ces appréciations, elle semble garder le cap d’économies à réaliser et donc des réductions budgétaires, y compris dans le budget d’acquisition: «Nous sommes convaincus, la direction du musée, son conseil d’administration et moi, que d’autres sources de financements et de donations sont possibles.» Et Maggy Nagel de fustiger la gestion passée «sans vue et en eaux troubles» qui n’a pas envisagé assez de réserve pour les frais de fonctionnement, qui n’a pas «fait en sorte que le musée soit assez grand pour avoir une salle réservée aux artistes luxembourgeois». L'augmentation du ticket d'entrée de 2 euros (passant de 5 et 3 euros à 7 et 5 euros) devrait mettre un peu de beurre dans les épinards, mais la moitié des visiteurs y entrant gratuitement (jeunes, étudiants...), on devra se passer du sourire de la crémière.

Collaborations internationales

Malgré donc un budget en stagnation (6,63 millions d’euros en 2013, 6,38 en 2014 et 6,55 en 2015), le Mudam réussit une programmation de haut vol. «Par rapport à des musées patrimoniaux qui peuvent faire étalage de leur collection en permanence, l’identité du Mudam et sa nature même sont définies par la programmation d’expositions temporaires», précisait Enrico Lunghi.

Outre la spectaculaire monographie de Sylvie Blocher que l’on peut déjà admirer (jusqu’au mois de mai), deux autres expositions mettront un seul artiste à l’honneur: Franz Erhard Walther (mars-mai) et David Altmejd (mars-mai), réalisées en collaboration avec le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris et le Musée d’Art contemporain de Montréal. Des collaborations et coproductions internationales dont les institutions ne peuvent plus se passer pour monter des projets d’envergure et qui permettent d’éditer un catalogue commun, de rentabiliser la communication, la logistique et d’unir les carnets d’adresses et les moyens financiers.

À l’image de «Damage Control» l’été dernier, une exposition plus transversale dans sa thématique et plus grand public dans son approche sera proposée à partir de juillet 2015. Inscrite dans le programme de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Europe, ayant reçu le patronage du Premier ministre, «Eppur si muove» – c’est son titre (comprendre: «Et pourtant, elle tourne») – sera une grande première de la rencontre entre art et histoire des sciences.

«C’est en partant du rêve d’avoir le Pendule de Foucault que nous avons construit, avec le Musée des Arts et Métiers de Paris, une exposition exceptionnelle», note le directeur. «40 pièces de nos collections d’histoire des techniques entreront en dialogue avec une centaine d’œuvres d’art contemporain», précise Serge Chambord, le directeur de l’institution française, le plus ancien musée scientifique puisqu’il date de 1794. Une exposition dont aura l’occasion de reparler.

www.mudam.lu