Histoires de familles (4/10)

Ernster, le cactus dans la vitrine

09 Août 2018 Par Jean-Michel Lalieu

Coup d’œil sur les petites histoires qui jalonnent les sagas des grandes familles entrepreneuriales du pays présentées dans l’ouvrage «Histoires de Familles». Aujourd’hui, coup de projecteur sur la famille Ernster et plus particulièrement sur Claire Ernster-Kihn, qui a su résister aux exigences de l’occupant allemand.

Pilier du livre au Luxembourg depuis 125 ans, la librairie Ernster, en plus d’une histoire de famille, est aussi une histoire de femmes. Plusieurs membres féminins de la famille ont en effet eu une influence importante sur son succès.

Parmi celles-ci, Claire Ernster-Kihn, qui a écrit quelques pages dignes d’un roman. La grand-mère paternelle de Fernand Ernster a pris la tête de la librairie lors du décès de son mari, en 1939. Également fille d’un entrepreneur, elle affiche rapidement un caractère bien trempé. Ce que tout le monde a déjà pu constater au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Dans le livre «Histoires de Familles», sa belle-fille, Josée Ernster, se souvient de sa résistance passive par rapport à l’occupant allemand. «L’occupant interdisait la vente de livres en français et obligeait les commerçants à mettre le portrait d’Hitler en vitrine? Qu’à cela ne tienne, elle s’exécutait à sa manière, avec un cactus au pied de la photo et en complétant la composition avec une édition allemande de ‘L’Idiot’ de Dostoïevski.»

Le grand escalier en colimaçon dessert les étages de la librairie.Première photo de la librairie à l’époque où elle se situait au 29 de la rue du Fossé.Claire Ernster-Kihn assurera la gérance de la librairie jusqu’en 1956.Inauguration en grande pompe après les travaux de rénovation (1971).Pit Ernster et sa mère Claire Ernster-Kihn, alors âgée de 78 ans, lorsque la librairie emménage temporairement au 13 avenue de la Porte-Neuve (1969).Réunion de famille pour le centenaire de la librairie au Grand Théâtre (1989).

Impliquée jusqu’au bout

Bien décidée à se battre malgré l’oppression, elle est aussi parvenue à écouler son stock de livres en anglais, ce qui avait aussi été interdit. Et pour boucler l’épisode de la guerre 1939-45, signalons encore qu’elle a été déportée au camp de Wiesbaden avec son fils Pierre – le père de Fernand –, à la mi-août 1944… à trois semaines de la libération. Elle a ainsi payé pour un de ses fils qui avait fui l’enrôlement de force dans l’armée allemande. Elle n’est revenue au pays qu’après la capitulation allemande.

Une fois revenue d’exil, Claire Ernster-Kihn reprend les rênes. Pierre, entré dans la société en 1952, lui succède en 1957. Mais sa mère n’a pas pour autant définitivement quitté la librairie. 

Travaux d’inventaire de la librairie du centre commercial La Belle Étoile (années 1990).Photo de la famille Ernster: 3 générations de libraires. De gauche à droite: Max, Paul, Annick, Pit, Josée et Fernand.Les camionnettes de livraison Ernster sillonnent le Grand-Duché.

«Ma grand-mère, à plus de 70 ans, restait très impliquée, ne manquant jamais un inventaire ou un événement», témoigne Fernand Ernster dans le même ouvrage. Elle continuait à donner son avis par rapport aux nouvelles parutions et est restée active jusqu’à quelques jours avant sa mort en 1983. Elle avait 92 ans.

Ernster L’esprit Livre en trois points

  • 7 librairies
  • Dirigeant: Fernand Ernster
  • Emploi: 70 personnes

L’ouvrage Histoires de Familles est coédité par la Banque de Luxembourg et Maison Moderne. Plus d’informations sur l’e-shop de Maison Moderne.