Économie

En route vers un monde circulaire

09 Novembre 2018 Par Luxinnovation
Christian Tock: «Nous devons changer complètement les modèles commerciaux et les chaînes de valeur.»
Christian Tock: «Nous devons changer complètement les modèles commerciaux et les chaînes de valeur.» (Visuel: DR)

Le concept d’économie circulaire a souvent été considéré, à tort, comme une initiative purement environnementale. Mais aujourd’hui, l’intérêt économique et social de l’approche est largement reconnu. Définir des modèles économiques circulaires durables et des opportunités d’investissement attrayantes est désormais crucial pour encourager les entreprises à adopter un comportement circulaire.

Selon la Fondation Ellen MacArthur, l’économie circulaire va bien au-delà du recyclage traditionnel. Elle repose sur trois principes fondamentaux: la prise en compte, dès la conception, de l’élimination des déchets et de la pollution, l’utilisation continue des produits et des matériaux, et la régénération des systèmes naturels.

«Le recyclage seul n’est pas une solution à long terme. Nous devons changer complètement les modèles commerciaux et les chaînes de valeur», indique Christian Tock, director Sustainable Technologies au ministère de l’Économie. «Il s’agit d’innover au niveau des produits et des business, afin de remédier aux défauts inhérents à l’économie linéaire.»

Les gouvernements nationaux et les organisations internationales sont bien conscients que l’économie circulaire est cruciale pour atteindre les objectifs de lutte contre le changement climatique et atteindre les objectifs de développement durable fixés par l’Organisation des Nations unies. Le sujet figure en bonne place dans les principaux documents stratégiques.

La prise de conscience et l’intérêt du secteur des entreprises se développent également dans le monde entier. La Slovénie, la Norvège et Taïwan, par exemple, hébergent des grappes d’entreprises privées qui ont pris l’initiative de joindre leurs efforts pour devenir circulaires.

Les sujets chauds de l’économie circulaire

Une délégation luxembourgeoise, composée de représentants du ministère de l’Économie, de la Chambre de commerce, de Luxinnovation et de sociétés privées, a participé à deux événements internationaux majeurs en octobre: le World Circular Economy Forum au Japon et le Circular Economy Hotspot Scotland (un événement que le Luxembourg avait accueilli en 2017). L’objectif de la délégation luxembourgeoise était d’explorer les dernières tendances dans le domaine et de détecter de nouvelles opportunités pour les entreprises luxembourgeoises.

«Intégrer les réflexions sur le design au tout début du processus de production, afin de garantir que les produits puissent être réutilisés ou transformés, est un sujet important», explique Georges Schaaf, head of sector development – cleantech & manufacturing industry chez Luxinnovation. Il mentionne également le besoin d’éducation, tant pour les jeunes que pour les entreprises, qui peuvent ainsi détecter les opportunités d’optimisation des processus de production industrielle.

La construction durable et la finance verte sont deux domaines-clés sur lesquels le Luxembourg est déjà largement en avance. «Nous avons également discuté de l’influence des consommateurs s’ils ont la volonté de changer de comportement», poursuit-il. «Ils peuvent avoir un impact considérable sur le développement de systèmes alimentaires circulaires qui réduisent au maximum le gaspillage alimentaire, par exemple, ou contribuer à réduire l’utilisation de plastiques.»

Modèles commerciaux

Le monde de l’entreprise joue cependant un rôle central pour faire en sorte que l’économie circulaire devienne une réalité. Les délégués du World Circular Economy Forum ont ainsi examiné des modèles commerciaux circulaires, tels que les chaînes d’approvisionnement circulaires, le partage de plates-formes pour des utilisations collaboratives ou bien l’approche «produits en tant que services».

Il s’agit d’un modèle dans lequel le détaillant vend la performance d’un produit plutôt que le produit en tant que tel, tout en en conservant la propriété et la possibilité de l’utiliser ailleurs lorsque le premier client n’en a plus besoin. La prolongation de la durée de vie du produit par la réparation, la maintenance, la mise à niveau, la revente et le reconditionnement est un autre modèle durable.

«L’approche circulaire a un sens économique: elle renforce notre compétitivité et nous permet de développer de nouvelles compétences et services», indique M. Tock. «Le Luxembourg a parcouru un long chemin et est l’un des meilleurs de sa catégorie en Europe. Mais nous devons encore intensifier nos efforts si nous voulons vraiment faire la différence.»

Créer des opportunités

Quel est le rôle du secteur public? «Les autorités peuvent définir une vision à long terme, comme un cadre stratégique et juridique qui donnera aux entreprises la sécurité dont elles ont besoin pour investir dans des modèles circulaires», explique M. Schaaf. «Ils peuvent également offrir des possibilités d’innovation et de développement de nouveaux produits et services en intégrant les aspects circulaires dans les marchés publics. C’est quelque chose qui est déjà fait au Luxembourg.» Et de mentionner également le projet pilote en cours sur la commune de Wiltz, qui permet de mettre en pratique de nouvelles méthodes et de nouveaux modèles commerciaux.

Le ministère et Luxinnovation soutiennent tous deux le Luxembourg EcoInnovation Cluster, qui encourage la collaboration entre entreprises et centres de recherche axés sur un mode de vie durable et des technologies propres. Avec le soutien du ministère, Luxinnovation a également lancé le programme Fit4Circularity, qui facilite et accélère la transition des entreprises vers l’économie circulaire et les aide à capitaliser sur les opportunités commerciales dans ce domaine.

«Notre solide expérience dans les services liés aux entreprises, tels que la comptabilité, la finance, les assurances, etc., constitue une base solide pour le développement de nouveaux services pour l’économie circulaire», explique M. Tock. «Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais il est impératif que nous y arrivions.»