édito - juillet/août 2018

En rase campagne

28 Juin 2018 Par Thierry Raizer
Le Luxembourg de la prochaine mandature et au-delà, aura besoin d’un cap politique clair, d’un projet rassembleur, et surtout d’une volonté affichée d’investir dans les compétences humaines, en pleine période de révolution digitale pour l’économie. (Photo: Nader Ghavami / archives)

Juillet 2013 – juillet 2018. Cinq ans après la chute du gouvernement Juncker-Asselborn, second du nom, le Luxembourg s’apprête à dresser le bilan forcément contrasté d’une coalition inédite dans l’histoire du pays et qui, selon les dires de certains, ne serait plus possible. DP, LSAP et Déi Gréng, qui affichaient leur entente cordiale en début de mandature, vont, logiquement, faire campagne séparément sur base du même inventaire. Mieux vaut toutefois ne fermer aucune porte. Quitte à se répartir les rôles au sein de chaque formation. Aux uns le soin d’indiquer que la coalition a vécu, aux autres le soin de déclarer que le travail pourrait être poursuivi.

Portés par l’idée de marquer une rupture et rejeter le CSV de Juncker dans l’opposition après une sombre fin de règne de l’ancien Premier ministre, les ténors du gouvernement actuel se verraient bien rempiler dans un nouvel exécutif. L’électeur donnera-t-il un mandat à une nouvelle tripartite? Pense-t-il que les fenêtres ont été suffisamment ouvertes, comme l’avaient annoncé les partis entrant au pouvoir en 2013? 

Le gouvernement sortant sera jugé sur ses actions. Les partis et les candidats seront jaugés sur base de leurs programmes. Et à ce stade, les propositions semblent avancer en coulisses selon les posts visibles sur les réseaux sociaux. Hormis Déi Lénk, qui a rendu son programme, les réunions sont partagées en images. Faute de contenu. Drôle de début de campagne, où la croissance qualitative, définie comme un objectif à moyen et long terme, est déjà appliquée dans certains esprits, quitte à échauder des industriels désireux de venir s’installer au Luxembourg. Drôle de début de campagne, où les syndicats obtiennent de nouveaux chèques de la part du gouvernement. Drôle de début de campagne, où la langue luxembourgeoise, qui n’aura jamais été tant utilisée, est thématisée sur fond de questionnement de l’identité nationale. Des débats ont été lancés, mais sans disposer de vision d’ensemble de la part des prétendants aux affaires. 

Le Luxembourg de la prochaine mandature et au-delà, aura besoin d’un cap politique clair, d’un projet rassembleur, et surtout d’une volonté affichée d’investir dans les compétences humaines, en pleine période de révolution digitale pour l’économie. Les projets pilotes d’accompagnement des entreprises et de leurs employés donnent un message bienvenu de préparation de l’avenir aux investisseurs qui s’intéressent au Luxembourg. Cette démarche doit aussi être adoptée dans la fonction publique. Investir plusieurs millions dans la formation – notamment – des fonctionnaires – rapporterait certainement davantage qu’une augmentation salariale censée calmer des ardeurs syndicales, à l’aube de l’autre campagne – celle des élections sociales – qui-se joue déjà sur le terrain de la communication.