Entreprises

En quête de rentabilité

07 Février 2018 Par Jonas Mercier
Chambre de commerce
Si les marges se réduisent, la capacité d’investissement s’en voit affectée. «Si ces entreprises continuent à investir, elles s’endettent, et leurs bilans se dégradent, explique Jean-Baptiste Nivet. Et si elles n’investissent plus, leur compétitivité diminue.» . (Photo: Maison moderne / archives)

Malgré une économie parmi les plus performantes de l’UE, les entreprises luxembourgeoises sont peu rentables. Un paradoxe qui s’explique notamment par des frais d’exploitation élevés.

Dans un billet publié en janvier sur le site internet de la Fondation Idea, l’économiste Jean-Baptiste Nivet faisait remarquer que la rentabilité des entreprises luxembourgeoises non financières était inférieure à celle des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la Belgique, ou encore de la France. En entrant plus dans les détails, il observait que les performances de certains secteurs étaient inquiétantes, en particulier le commerce, l’hébergement, la restauration et l’industrie. Un constat connu depuis longtemps par la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC). «C’est un secret de polichinelle, remarque Nicolas Henckes, le directeur de la CLC. Pour faire face à la concurrence des sites internet et des commerces de la Grande Région, qui utilisent des prix d’appel de plus en plus agressifs, nos commerçants doivent baisser leurs prix, alors que leurs coûts fixes – personnel, loyer et stocks – restent au mieux identiques.»

Même constat dans le secteur de l’horeca. «Nos frais d’exploitation sont très élevés, et les petites structures sont celles qui en souffrent le plus, indique François Koepp, le secrétaire général de la Fédération luxembourgeoise des hôteliers, restaurateurs et cafetiers. Les contraintes administratives sont de plus en plus nombreuses, le salaire social minimum bien plus élevé que chez nos voisins, et le prix des surfaces est en constante augmentation.» Le constat est un peu plus mitigé à la Fedil, où l’on fait remarquer qu’après avoir été durement touchée par la crise, la rentabilité dans l’industrie se porte plutôt bien, même si celle-ci se situe encore loin de la moyenne européenne.

Une situation inquiétante

À long terme, cette situation est inquiétante pour les PME luxembourgeoises. En effet, si les marges se réduisent, la capacité d’investissement s’en voit affectée. «Si ces entreprises continuent à investir, elles s’endettent, et leurs bilans se dégradent, explique Jean-Baptiste Nivet. Et si elles n’investissent plus, leur compétitivité diminue.» À l’heure de la digitalisation de l’économie, une bonne partie des PME luxembourgeoises auraient donc des difficultés à investir dans des infrastructures numériques.

Le gouvernement et les Chambres professionnelles ont compris l’importance de ce challenge. Les initiatives se multiplient pour encourager les acteurs économiques à se moderniser. Mi-janvier, le ministère de l’Économie, aux côtés de Luxinnovation et des Chambres des métiers et de commerce, présentait un programme de digitalisation des PME. Et alors que seuls 9% des commerces luxembourgeois proposent des solutions de vente en ligne, le gouvernement doit lancer la plateforme Letzshop.lu, qui permettra à tous les commerçants du Grand-Duché de créer une boutique en ligne à moindre coût. Des mesures bienvenues, mais qui ne résoudront que partiellement le problème de la rentabilité.