Résidentiel

En attendant l’effet Brexit...

02 Juillet 2018 Par Jeanne Renauld
Une arrivée massive de nouveaux travailleurs rendrait la situation problématique.
Une arrivée massive de nouveaux travailleurs rendrait la situation problématique. (Illustration/Maison Moderne)

Les conséquences du Brexit sur le marché immobilier résidentiel, pourtant particulièrement tendu, sont limitées. Du moins, pour l’instant...

Depuis deux ans, le Brexit suscite de nombreuses interrogations, notamment en ce qui concerne l’impact qu’il pourrait avoir sur d’autres pays. Pour continuer à accéder au marché unique européen, de nombreux acteurs de la City, principalement issus du monde financier et bancaire, doivent relocaliser tout ou partie de leur activité dans d’autres pays d’Europe. Plus de 30 entreprises ont ainsi déjà annoncé ou réalisé leur déménagement ou renforcement de structures existantes au Luxembourg, créant quelque 250 postes selon une première estimation du Statec. «Certains travailleurs arrivent effectivement au Luxembourg à cause du Brexit, mais on ne peut pas dire que l’on soit face à un phénomène de grande ampleur, analyse Jean-Nicolas Montrieux, partner & COO d’Inowai Residential. Les retombées sur l’immobilier résidentiel sont donc restreintes, pour le moment.» 

Manque dans le haut de gamme

Sur certains marchés de niche, néanmoins, le Luxembourg pourrait éprouver quelques difficultés pour répondre à la demande provenant d’outre-Manche et voir ses prix grimper encore davantage. «Le Grand-Duché offre un bâti de très bonne qualité, avec d’excellentes finitions. Mais il manque d’habitats très haut de gamme. Des biens d’une importante superficie, pour accueillir des familles à haut pouvoir d’achat, qui disposent d’un personnel de maison par exemple.»

Ce manque pourrait d’ailleurs porter préjudice à l’attractivité du Luxembourg. «Certaines entreprises pourraient décider de ne pas se relocaliser au Grand-Duché, non pas parce que les prix du logement y sont élevés, mais parce que les disponibilités sont trop peu nombreuses pour accueillir leurs employés», souligne Jean-Nicolas Montrieux.

D’autres villes sont mieux armées, à l’image de Paris, Francfort ou encore Amsterdam, qui constituent également des Places privilégiées par les acteurs financiers londoniens. 

Et l’enjeu pourrait devenir encore beaucoup plus important si davantage de postes étaient créés au Luxembourg par ces anciens acteurs britanniques au cours des prochains mois, années. «Si l’on atteint 1.000 ou 2.000 emplois, impliquant potentiellement la venue de 3.000 à 4.000 personnes – soit 3 à 4% de la population de Luxembourg-ville –, alors oui, le Brexit pourrait avoir un impact très fort et la situation pourrait devenir problématique, en matière de surfaces disponibles et donc de prix.» Car, faut-il le rappeler, le marché immobilier est déjà très tendu. 

Objectif capitale

Si tel devait être le cas, ce serait certainement la capitale qui en pâtirait le plus. «Les personnes qui arrivent au Grand-Duché ont l’habitude de vivre dans un certain environnement, très urbain. Elles pourraient avoir du mal à se retrouver en périphérie, car cela ne correspond pas à leurs habitudes, et privilégieraient alors le cœur de Luxembourg, contribuant encore à faire grimper les prix en centre-ville, poursuit Jean-Nicolas Montrieux. Mais pour l’heure, on ne sent pas le marché spécialement poussé par le Brexit, et aucun indice ne semble aller dans ce sens.»