Conférence

En attendant le data center, Google vise les PME

05 Juillet 2018 Par Audrey Somnard
Thierry Geerts, CEO de Google Belux, laisse encore planer le suspens quant au terrain acheté à Bissen.
Thierry Geerts, CEO de Google Belux, laisse encore planer le suspens quant au terrain acheté à Bissen. (Photo: Matic Zorman)

Thierry Geerts, le CEO de Google Belux, participait mercredi soir à une table ronde lors de la première édition du Digital Circle Luxembourg, sur la thématique des data. S’il n’avait pas de nouvelles à apporter concernant le terrain de Bissen, il a annoncé son intention de développer les activités digitales des PME luxembourgeoises.

Le géant Google veut s’associer aux PME. C’est en tout cas le message qu’a voulu faire passer Thierry Geerts mercredi soir à Luxembourg durant la première conférence Digital Circle Luxembourg organisée par Vanksen, Google et Accenture.

Mais c’est évidemment le terrain acquis par le géant américain l’été dernier qui aiguise les curiosités. Un an après l’annonce de l’investissement, Google n’a toujours pas révélé ses intentions alors que des terrains ont été acquis dans le même temps en Suède, aux Pays-Bas et au Danemark.

Nos besoins en data centers explosent, il faut être près des utilisateurs.

Thierry Geerts, CEO de Google Belux

À Bissen, tandis qu’on ratisse et prépare déjà le tapis rouge, le CEO de Google Belux n’a pas de nouvelles à donner sur le sujet: «Avec une plus grosse utilisation des data, nos besoins en data centers explosent, et dans ces cas-là, il faut être près des utilisateurs. Nous sommes déjà en Belgique avec le plus gros data center européen, et Luxembourg fait partie des terrains que nous avons acquis dans plusieurs pays européens. Nous voulons voir sur le long terme».

Google possède déjà des data centers en Irlande et aux Pays-Bas, en plus de la Belgique.

Le Luxembourg, autoroute de l’information

Google peut se permettre le luxe de dormir sur un terrain de cette envergure, estimé entre 40 et 50 millions d’euros, pendant un temps indéterminé, même si le CEO Belux serait ravi d’avoir un deuxième data center sous son giron: «croyez-moi, je suis le meilleur ambassadeur du Luxembourg!»

La situation géographique stratégique du pays est un élément déterminant, mais la qualité de l’infrastructure est aussi un atout pour le Luxembourg. «Le pays est très avancé en la matière, c’est une véritable autoroute de l’information. En tout cas, elle est déjà construite», estime Thierry Geerts.

Mais au-delà des infrastructures, l’approche du gouvernement luxembourgeois semble faire mouche: «Ici, le gouvernement est très volontaire, c’est un énorme avantage. On sent qu’ils veulent avancer et mettent des outils à disposition pour cela. C’est loin d’être le cas dans tous les pays».

Accompagner les PME dans leur transformation digitale

À côté de la grosse clientèle habituelle, Google cherche désormais à attirer également les PME: «Le Luxembourg est un petit marché basé sur la proximité, mais quand les utilisateurs vont sur internet, 85% des mots-clés sont liés à des vendeurs basés à l’étranger. Il est important d’utiliser le digital pour faire développer son business, il faut sortir du carcan local».

C’est l’ambition du gouvernement luxembourgeois qui souhaite accompagner les PME dans leur transformation digitale, avec des aides concrètes qui ont, pour le moment, du mal à trouver preneurs. «Là encore, dans les autres pays, ce sont plutôt les entreprises qui sont demandeuses, et les aides étatiques qui manquent. C’est une chance pour les PME luxembourgeoises», estime Thierry Geerts.

Quel est le rôle de Google pour ces PME? Pour le CEO de Google Belux, il faut bien sûr que ces dernières soient mieux référencées par leur moteur de recherche. Et quoi de mieux que de faire le travail soi-même: la page «Mon entreprise» permet à un entrepreneur de rentrer des données sur sa société. Nom, adresse, site internet, heures d’ouverture, etc.

La manne de publicités des PME

Ces informations sont vérifiées par Google, avec l’envoi d’un courrier physique sur le lieu du commerce par exemple, et la PME apparaît alors sur Google maps quand on cherche un commerce à proximité: «C’est une fonctionnalité très pratique pour se faire connaître quand on est une petite structure, et elle est surtout gratuite! Il suffit simplement de rentrer les informations. Les entreprises ne le savent pas assez».

Évidemment, une fois référencé, encore faut-il arriver en haut de la pile pour être visible des internautes. Les «Google adwords» sont encore une autre fonctionnalité – payante cette fois – qui permet d’obtenir plus de visibilité sur le moteur de recherche: «Dans le domaine du digital, il faut se lancer, expérimenter avant que cela marche».

La manne de publicités des PME est encore largement sous-exploitée par Google qui est déjà bien introduit au sein des grands groupes.

Loi RGPD, directive européenne sur les droits d’auteur, le monde digital est de plus en plus complexe, en particulier pour les PME: «C’est bien qu’il y ait une vision claire de l’Union européenne, mais la data n’est pas le nouvel or. Les data sont intéressantes seulement si l’on en fait quelque chose pour les clients. Rien que de connaître les pics de visite dans un magasin est une information très intéressante qui n’a rien à voir avec les données personnelles. Ce sont des lois complexes à comprendre pour les PME. Mais avec 500 millions de consommateurs, il y aurait tout à gagner à avoir un marché économique européen».