Année électorale

En 2018, le changement?

07 Février 2018 Par François Aulner
Élection - Urne
Parti populaire au pouvoir entre 1974 et 2013, le CSV joue l’équilibriste dans la question de la croissance, tandis que les socialistes et les libéraux comptent sur le processus Rifkin pour se débarrasser de tous les problèmes. (Photo: Licence C.C.)

Le passage à 2018 marque la dernière ligne droite avant les prochaines législatives. Tandis que les contours des thèmes et des programmes des partis prennent forme, le changement à l’issue du scrutin risque de n’être que très superficiel.

Une fois n’est pas coutume: à l’approche de la fin de la mandature, c’est le parti ouvrier socialiste luxembourgeois, le LSAP, qui mène la charge, sans égard aux partenaires de coalition. Après 13 ans passés au gouvernement, avec le CSV entre 2005 et 2013, et avec le DP et Déi Gréng depuis 2013, le LSAP a en effet davantage de comptes à rendre aux électeurs et à sa base. 

Dès l’année dernière, les socialistes irritaient leurs partenaires libéraux en réclamant une «réforme» du temps du travail, ou encore une hausse du salaire social minimum. Les écologistes avaient eux aussi droit à leurs «piques»: le vice-Premier ministre et favori pour devenir candidat chef de file du LSAP, Étienne Schneider, reprochait une «certaine hypocrisie» à son collègue le ministre du Développement durable, François Bausch, qui critiquait l’éventuelle implantation de Knauf, une fabrique de laine de roche jugée polluante (voir page 68).

Le parti qui ramasse le plus, cependant, est sans surprise le CSV. Dans un entretien accordé à Paperjam et publié dans ce numéro, Étienne Schneider décrit le candidat chef de file des chrétiens-sociaux, Claude Wiseler, comme quelqu’un qui manquerait totalement de courage et de vision. Le pionnier de l’exploitation de l’espace va jusqu’à taquiner son adversaire en lui lançant un «Bonjour, Monsieur le vice-Premier ministre» en pleine rue. Claude Wiseler préfère ne pas «descendre à ce niveau», mais on sent tout doucement la moutarde lui monter au nez.

«Am Arsch»

Les réflexions d’Étienne Schneider au sujet d’un mouvement En Marche! (voir page 66), elles, poussaient en revanche le président du CSV, Marc Spautz, à dénoncer une manœuvre contre le CSV. Beaucoup de bruit pour une idée tout de suite rejetée par Déi Lénk, qui ne voit pas comment il pourrait s’allier à une politique jugée libérale du LSAP. Côté partenaires de coalition,

Déi Gréng restait muet, tandis que le secrétaire général du DP, Claude Lamberty, se contentait de rappeler la position centriste du DP. Son prédécesseur, Marc Ruppert, lui, allait quand même jusqu’à partager le jeu de mots luxembourgeois sur Twitter: «En Marche oder am Arsch?» En français: «En Marche ou dans le cul?»

Inquiets que les réflexions du vice-Premier ministre puissent isoler le LSAP en vue d’une éventuelle coalition avec le CSV, les collègues d’Étienne Schneider, le président de fraction Alex Bodry, dans Paperjam, et le président du parti Claude Haagen, sur RTL le 13 janvier, tentaient d’ailleurs de relativiser. Des réflexions d’autant moins opportunes, car quelques jours plus tôt, 10 députés et membres du parti revendiquaient un certain retour aux sources socialistes. Quelques jours plus tard, c’était au tour de l’aile gauche du parti de réclamer par voie de lettre interne que l’on se concentre d’abord sur le programme, avant de désigner le chef de file du parti.

Côté CSV, c’étaient également les questions de personnel qui dominaient en ce début d’année. Le «changement» à l’issue du scrutin du 14 octobre, annoncé par le secrétaire général du parti, Laurent Zeimet, ne s’articule actuellement pas sous forme de revendications ou propositions concrètes, mais plutôt sous forme d’un retour espéré du CSV au gouvernement.

Les premières listes de candidats chrétiens-sociaux étaient diffusées par RTL au compte-gouttes, sans pour autant que l’on sache encore dans quelle circonscription Viviane Reding déposera sa candidature.

Les temps sont bons, du coup, c’est dur

Côté programmes électoraux, les centrales des partis sont en train de les forger et il faudra encore patienter quelques mois. Outre les revendications du LSAP en ce qui concerne le salaire social minimum ou la promesse du CSV de pérenniser le système d’assurance-pension (sans pour autant dire comment), seuls des contours de la politique que promettent les partis pour 2018 à 2023 apparaissent.

Le thème qui domine est celui de l’encadrement, ou de l’accompagnement, de la croissance. Thème générique qui englobe l’aménagement du territoire, la pénurie de personnel de l’État, la langue et l’identité, et dans une moindre mesure, la cohésion sociale, l’insécurité et les inégalités croissantes.

Compte tenu du fait que ceux qui souffrent le plus des inégalités ne représentent qu’une petite partie des électeurs ou qu’ils ne seront pas appelés aux urnes car ils n’habitent pas, ou plus, sur le territoire, les partis risquent d’être tentés de proposer uniquement des mesures censées amortir les effets collatéraux subis par les électeurs, à savoir les embouteillages et un sentiment subjectif d’insécurité. De l’autre côté, ils risquent d’être découragés d’oser proposer des mesures plus structurelles, qui sont pourtant nécessaires si l’on veut résoudre les problèmes dans le fond.

Parti populaire au pouvoir entre 1974 et 2013, le CSV joue l’équilibriste dans la question de la croissance, tandis que les socialistes et les libéraux comptent sur le processus Rifkin pour se débarrasser de tous les problèmes.

Déi Gréng, lui, commence tout doucement à se profiler: lors d’une table ronde sur RTL Radio le 13 janvier, modérée par une Claude Zeimetz à la lutte pour obtenir des propositions concrètes de la part de ses invités politiques chrétiens-sociaux, libéraux, socialistes et écologistes, le président de Déi Gréng, Christian Kmiotek, évoquait l’idée d’une taxe sur l’utilisation du sol.

Tous veulent le courage, mais si des mesures – aussi nécessaires soient-elles – sont impopulaires, plus personne ne bouge. Mais qui sait? Il ne faut pas désespérer.