Edward Steichen Award

Deux héritiers de l’humanisme de Steichen

10 Novembre 2017 Par France Clarinval
Daniel Wagener et Esther Hovers partiront respectivement quatre et six mois en résidence à New York.
Daniel Wagener et Esther Hovers partiront respectivement quatre et six mois en résidence à New York. (Photo: Romain Girtgen/CNA)

Esther Hovers et Daniel Wagener sont les lauréats des prix Steichen. Ils remportent une résidence artistique à New York de six et quatre mois.

Tous les deux ans, le Edward Steichen Award Luxembourg récompense des artistes européens émergents tout en ayant la volonté de renforcer les liens entre les communautés artistiques du Luxembourg et de New York, en référence et hommage au photographe américain né au Luxembourg.

Le lauréat est accueilli pour une résidence de six mois à New York au ISCP (International Studio and Curatorial Program), un centre d’art contemporain où artistes et curateurs internationaux se côtoient. Le prix est ouvert aux jeunes artistes contemporains européens entre 25 et 35 ans. Depuis 2011, un deuxième prix est offert, spécifiquement destiné aux jeunes artistes vivant au Luxembourg. La résidence est alors de quatre mois.

«Quatre personnalités spécialisées dans l’art contemporain au Luxembourg et dans les pays voisins présentent chacun cinq candidats pour le prix. Et trois Luxembourgeois font la même chose pour le Edward Steichen Luxembourg Resident in NY», détaille Françoise Poos, présidente du conseil du prix.

Cette année, les propositions ont été faites par Marie Cozette (la synagogue de Delme), Stijn Huits (Bonnefantenmuseum, Maastricht), Danielle Igniti (Centre culturel Opderschmelz, Dudelange) et Manuel Ströhlin (consultant en art indépendant) pour le prix international et par Tania Brugnoni (1535°, Differdange), Karolina Markiewicz (artiste et curatrice indépendante) et Anouk Wies (Cercle Cité, Luxembourg) pour les Luxembourgeois.

La sélection finale est faite par un jury international composé de Natasha Egan (Museum of Contemporary Photography, Chicago), Florian Ebner (Museum Folkwang, Essen) et Danièle Wagener (les musées de la Ville de Luxembourg).

La ville comme sujet

Les deux lauréats travaillent essentiellement la photographie et s’intéressent au contexte urbain. «Le jury a examiné l’environnement urbain dans lequel se trouve la résidence Steichen à Williamsburg et a pris sa décision en tenant compte que la ville elle-même peut être utilisée comme plateforme pour générer de nouvelles idées et de l’art», justifie le jury.

C’est la photographe néerlandaise Esther Hovers qui remporte le Edward Steichen Award. Présentée par Danielle Igniti, la jeune femme (née en 1991) étudie comment le pouvoir, la politique et le contrôle s’exercent à travers la planification urbaine et l’utilisation de l’espace public. Elle s’interroge sur la manière de limiter l’influence du paysage urbain sur ses utilisateurs. «J’étais déjà très enthousiaste que Danielle me propose de participer. Le fait de gagner me rend très heureuse», lance Esther Hovers, qui découvrira New York pour la première fois.

New York est une ville mythique, mais je ne suis pas fasciné par avance.

Daniel Wagener, lauréat du Eward Steichen Luxembourg Resident in New York

«Je vais certainement poursuivre mes recherches en utilisant la photographie de rue, mais peut-être dans un sens plus narratif que d’habitude», détaille celle qui commence toujours par des recherches théoriques. «Le fait d’être dans une résidence avec d’autres artistes internationaux ajoutera certainement de nouvelles idées à mon travail.»

De son côté, Daniel Wagener, lauréat du Edward Steichen Luxembourg Resident in New York, a été proposé par Anouk Wies. «La dernière fois que j’ai été à New York, j’avais 12 ans et un appareil photo rose sous forme de jouet. Maintenant, je vais avoir du meilleur matériel», ironise-t-il. Le travail de Daniel Wagener s’intéresse aux «bêtises» de la ville comme il aime appeler ces accidents, interstices, non-lieux qui donnent aux villes leurs «visages particuliers». «Je photographie rarement les humains, je photographie plutôt les traces accidentellement laissées par les humains. La normalité aberrante de la vie quotidienne dans un environnement planifié et conçu en détail et qui, néanmoins, oscille constamment vers le hasard.»

«New York est une ville mythique, mais je ne suis pas fasciné par avance», tempère-t-il. «Je suis ravi d’aller voir sur place et de travailler dans le contexte de cette ville. Je vais sûrement en explorer les quartiers et aller au-delà vers des banlieues moins favorisées dans des contextes post-industriels.»