#Femaleleadership

«Des valeurs qui ébranlent le modèle masculin»

08 Mars 2018 Par France Clarinval
Nancy Braun
Nancy Braun: «La Journée internationale de la femme est l’histoire de femmes ordinaires qui ont fait l’Histoire. Elle puise ses racines dans la lutte menée par les femmes depuis des siècles pour participer à la société sur un pied d’égalité avec les hommes.» (Photo: Casino Luxembourg)

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Paperjam vous propose une série de portraits dans le cadre de la nouvelle série #Femaleleadership. Donnons la parole à Nancy Braun, directrice du Casino Luxembourg.

Après avoir été une des chevilles ouvrières de l’année culturelle 2007, Nancy Braun est retournée un temps au Barreau de Luxembourg avant de prendre la direction du Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain.

Madame Braun, être une femme a-t-il été un obstacle à votre ascension professionnelle?

«Une carrière se construit. J’ai eu l’occasion de travailler dans différents secteurs, et mon fil conducteur personnel était toujours d’écouter mes envies, mon ambition et me fixer des objectifs à moyen et long terme. Cette tâche n’était pas toujours facile. En règle générale, sur le lieu de travail, les hommes et les femmes sont considérés différemment: beaucoup pensent que les hommes peuvent faire des leaders efficaces, tandis que les femmes manquent de cette qualité, car elles sont émotives par nature.

Avec l’accroissement du dynamisme dans les modèles économiques, le rôle des femmes connaît heureusement une transformation positive, contribuant ainsi à l’autonomisation des femmes, au développement des compétences et à la croissance. Cette évolution, liée à ma détermination de progresser et de prendre les choses en main, était garante du fait qu’être une femme n’a pas été un obstacle à ma vie professionnelle.

Avez-vous bénéficié d’un mentor?

«Je ne peux pas vraiment dire que j’ai eu un mentor ou quelqu’un qui m’a ‘empowered’. En revanche, tout au long des années j’ai toujours croisé des personnes que j’ai considérées comme des guides, des exemples. Ces personnes m’ont donné confiance et m’ont permis de trouver un synonyme au terme ‘problème’, à savoir le ‘défi’. ‘Empowerment’ signifie également pour moi se donner à soi-même une certaine autonomie, connaître sa valeur et essayer de la mettre en évidence. C’est le socle sur lequel on peut s’appuyer pour aller décrocher ses rêves, ce sur quoi on peut prendre de l’élan pour poursuivre ses ambitions.

Y a-t-il un management féminin?

«En quelque sorte, oui. De plus en plus nombreuses au sein des entreprises, les femmes managers ouvrent la voie à une autre manière de diriger. Les valeurs dites féminines font de plus en plus d’adeptes, y compris chez certains de leurs homologues masculins. Si elles demeurent encore sous-représentées parmi les hauts postes de direction, les femmes ont désormais toute leur place dans le monde de l’entreprise. Et plus seulement aux places traditionnellement associées à leur genre, telles les ressources humaines, ou la communication. Mieux, elles réussissent à imposer progressivement des valeurs féminines qui viennent ébranler le modèle masculin, la référence depuis des siècles.

Je crois qu’il n’existe pas une façon typiquement féminine ou particulièrement masculine de diriger.

Nancy Braun, directrice du Casino Luxembourg

Y a-t-il un leadership féminin?

«Pour moi, le leadership est avant tout la capacité à donner envie aux gens de monter à bord avec vous, et il est très lié à ce que la personne dégage. Je crois aussi qu’il n’y a pas de leadership féminin ou masculin, qu’il n’existe pas une façon typiquement féminine ou particulièrement masculine de diriger, ou que les hommes auraient plus de capacités à entraîner leurs équipes autour d’une vision, d’un projet, que les femmes.

Il y a en revanche sans doute des qualités et des valeurs dites féminines, comme la bienveillance, l’empathie, la coopération, que nous associons au leadership féminin, peut-être à tort. Et qui sont de vrais atouts dans un environnement complexe et incertain. Et bien entendu il y a des codes en entreprise qui ont souvent été pensés au départ par des hommes et pour les hommes qu’il faut connaître et savoir utiliser.

Dans votre secteur, la parité aux postes de direction est-elle plus avancée au Luxembourg qu’ailleurs?

«Non, nous ne pouvons pas réellement parler de parité dans notre secteur. De façon générale, le Luxembourg a la plus faible proportion de femmes occupant des postes de direction, et se place ainsi bon dernier des 28 pays de l’UE. Je crois que ceci est lié d’un côté à la mentalité, qui cependant est en train de changer. Mais de l’autre côté, ces postes de direction dans notre secteur sont souvent considérés comme des emplois à vie, une situation qui ne favorise certainement pas le dynamise, l’évolution, l’envie du changement, et par conséquent, cette attitude bloque en quelque sorte l’accès aux candidates potentielles. La zone de confort est tellement appréciée.

Quelle mesure concrète faudrait-il mettre en place pour favoriser l’accès des femmes aux fonctions dirigeantes en entreprise?

«Est-ce qu’il faut vraiment mettre en place des mesures concrètes pour que les femmes aient les mêmes accès que les hommes? N’est-ce pas tout simplement un principe d’égalité qu’elles devraient revendiquer et que les hommes doivent respecter? De plus en plus de femmes sont actives dans l’environnement économique et occupent des fonctions dirigeantes dans des sociétés tout à fait diverses. Elles ‘osent’ se lancer. J’apprécie cette évolution. Si elles prennent ces initiatives, c’est parce qu’elles connaissent leurs compétences, c’est parce qu’elles veulent s’imposer.

Les femmes apportent une nouvelle vision des choses et ont une tout autre manière de gérer leur business, ce qui est propice au développement de notre environnement économique actuel et futur. Aux hommes donc de démontrer les vraies compétences de management.

Que pensez-vous du quota de 40% de représentants du sexe sous-représenté dans les conseils d’administration?

«L’État progresse pas à pas en faisant davantage de place aux femmes dans les conseils d’administration où il est représenté. Cependant, et selon des derniers chiffres parus dans la presse, tout en restant loin des 40% visés pour 2019. Mais vouloir ‘des femmes pour des femmes’, est-ce vraiment valorisant pour les talents et capacités d’une femme? J’ai mes doutes! Françoise Giroud disait: ‘La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente.’

Jugez-vous nécessaire que l’on consacre une journée aux droits des femmes?

«Oui, je trouve cette journée très importante… La Journée internationale de la femme est l’histoire de femmes ordinaires qui ont fait l’Histoire. Elle puise ses racines dans la lutte menée par les femmes depuis des siècles pour participer à la société sur un pied d’égalité avec les hommes. Ce n’est pas seulement rendre hommage à ces femmes militantes, mais le fait que ce sujet soit toujours mis en évidence et d’actualité prouve qu’un long chemin reste à parcourir!

Quel conseil pouvez-vous donner aux femmes dans le domaine culturel?

«Restez fidèles à vous-mêmes, vous pouvez faire la différence avec les talents que vous avez!»

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.