Clichés Hongrois

Des paysages et des frontières

09 Mars 2018 Par Céline Coubray
Photo de Patrick Galbats
Paysage au bord de la N4, près de Nyíregyháza, au nord-est de la Hongrie. (Photo: Patrick Galbats)

Pour l’exposition «Hit me one more time», le photographe Patrick Galbats s’est plongé dans la Hongrie postcommuniste, nostalgique de sa grande puissance et fermant ses frontières aux migrants.

Ses origines hongroises sont lointaines, mais c’est pourtant bien sur ce chemin qu’a souhaité s’avancer Patrick Galbats. Ce pays l’a également intéressé de par sa situation actuelle au sein de l’Europe et les choix opérés par son gouvernement sur les flux des réfugiés.

Il s’y est rendu plusieurs fois, entre 2012 et 2017, après que les frontières ont été fermées aux migrants. Il a découvert un pays «qui a du mal à redémarrer, désormais dirigé par Viktor Orbán, qui joue avec les thèmes de l’insécurité, de la peur des réfugiés, un retour fort du nationalisme. C’est dans cette ambiance pesante que mon travail s’est construit.»

À partir de 2015, il choisit de se concentrer sur les zones de frontière, naturelles, bricolées, ou très construites. Des paysages qui portent des cicatrices. Il se rend notamment à Röszke, village où des affrontements violents ont eu lieu entre les migrants et les forces armées hongroises. Ses premières photos se font à la sauvette, ce qui lui cause quelques difficultés avec les autorités locales. De retour au printemps 2017, il se fait accompagner par un journaliste qui lui facilite le rapport avec les forces de l’ordre. «À travers ces photos, ce sont les principes de l’Europe que je questionne, cette Europe qui est construite sur des idées louables telles que la paix, les droits de l’Homme, la justice…»

L’exposition compte également des photos prises à l’intérieur du pays. «Je me suis aussi intéressé à cette Hongrie profonde, celle qui vote extrême droite, qui est nostalgique de la Grande Hongrie, où le mythe du Turul est encore présent. La Hongrie est un pays qui a perdu sa puissance et qui connaît une crise économique, mais aussi identitaire.» C’est cette Hongrie qui se pose en victime que Patrick Galbats est allé photographier et dont il témoigne. 

Ses coups de cœur

  • La miséricorde des cœurs (2013), de Szilárd Borbély

«Le seul roman du poète hongrois Szilárd Borbély, décédé en 2014, décrit d’une manière impitoyable, mais infiniment belle, l’univers dans lequel l’auteur a grandi. Dans son livre, il retrace l’histoire du 20e siècle de son pays, en tirant le portrait très noir d’un village au nord de la Hongrie. Ce livre m’a appris tellement de choses sur ce pays. Le regard de Borbély m’a accompagné tout au long de mes voyages.» Éditions Christian Bourgois (2015) ou Folio (2016).

  • Musique d’orchestre et musique de chambre

«Pour assembler des séquences à partir d’un corps de travail, j’ai besoin de créer une certaine atmosphère. Pendant que je passais du temps sur Hit Me One More Time, j’ai écouté des compositions de Ferenc Liszt, Béla Bartók, Antonín Dvorák, Hans Gál, ou encore Dmitri Shostakovich. Ils ont tous vécu des moments turbulents de l’histoire européenne, ce qui a eu des répercussions sur leur musique.»

  • Alec Soth

«Alec Soth est un photographe américain et membre de l’agence Magnum. Ses images nous montrent le beau d’un monde fragilisé. Pour moi, Soth est un maître de la narration photographique. Chaque fois que je regarde ses livres Dog Days, Bogotá, Songbook ou Sleeping by the Mississippi, les images me révèlent une nouvelle partie de l’histoire. Le sujet reste toujours le même, mais ce sont les liens qui se créent entre les images qui peuvent changer.»