Définir l’ADN des hôtels
Fondée en 2016, la start-up Travelsify a développé un moteur de recherche basé sur des expériences hôtelières. Cet outil très sophistiqué a déjà convaincu le groupe AccorHotels.
La persévérance est sans doute l’une des principales qualités des entrepreneurs. Et l’échec une épreuve parfois nécessaire pour parvenir au succès. Alexandra Fernandez Ramos et Bruno Chauvat le savent sûrement mieux que personne. C’est un peu par hasard qu’ils se rencontrent au début des années 2000, alors qu’ils travaillent tous les deux sur le projet de Belgacom TV en Belgique – aujourd’hui Proximus TV.
Le courant passe et Bruno propose à Alexandra de monter une start-up au Grand-Duché dans le domaine de la musique en ligne. C’est en 2006. Baptisée Playtime, celle-ci est la concurrente directe de Spotify, lancé la même année, et de Deezer, qui arrivera un an après. Malgré un bon départ, la sauce ne prend pas et l’aventure se termine deux ans plus tard. «L’idée était très bonne, mais un peu trop avant-gardiste, analyse aujourd’hui Alexandra Fernandez Ramos. Si j’ai appris quelque chose de cette expérience, c’est qu’avoir raison trop tôt, c’est avoir tort.»
Personnaliser au maximum
Dix ans plus tard, les ex-associés décident de retenter leur chance, mais avec un troisième partenaire, qui n’est autre que l’ancien manager IT de Playtime, Alexander Weber. Cette fois, il n’est plus question de partage de musique, mais de traveltech. Et plus particulièrement d’un outil de classification des hôtels basé sur un algorithme d’intelligence artificielle et utilisant la technologie du traitement automatique du langage naturel.
En d’autres termes, il s’agit de définir l’ADN des hôtels du monde entier. Ils appellent leur nouvelle start-up Travelsify. «L’idée est née du constat que le temps passé à choisir un hôtel sur les différentes plates-formes en ligne était trop long et trop complexe en raison de l’hyperchoix proposé, expliquait Bruno Chauvat à Paperjam.lu en avril 2017.
Nous savions de nos expériences professionnelles passées que plus les catalogues de produits sont grands, plus des outils de recherche et de personnalisation sont nécessaires pour convertir un visiteur en acheteur.» Contrairement à ses concurrents, Travelsify laisse de côté les notes des clients, des données déjà structurées et traditionnellement utilisées par les plates-formes de recherche, pour se concentrer sur les appréciations écrites.
Des hôtels aux restaurants
L’algorithme de la start-up s’est nourri de plus de 400 millions de commentaires de voyageurs et d’experts pour définir l’ADN de quelque 500.000 hôtels à travers le monde. Un outil complexe qui offre des résultats très convaincants. Le géant de l’hôtellerie AccorHotels a d’ailleurs choisi la technologie de Travelsify pour lancer, en avril 2017, l’application Mo odMatch, présentée comme «le premier moteur de recherche d’expériences de séjours».
À partir de là, la croissance de la start-up luxembourgeoise est lancée. Elle réussit une première levée de fonds à 2 millions d’euros auprès de business angels au Luxembourg. Cela lui permet d’élargir son offre à l’industrie de la restauration. Avec plus d’un demi – million de restaurants, sa base de données se situe dans le top 5 mondial, après celles de Google, TripAdvisor et Zomato. Forte de cette expertise, Travelsify lance en début d’année une deuxième levée de fonds avec le soutien d’AccorHotels, qui en profite pour entrer dans son capital.
Au mois d’octobre de cette année, le tour de table se clôture à 5 millions d’euros. «La quantité de services AccorHotels qui pourraient bénéficier des données ADN de produits de Travelsify est innombrable», lâche à cette occasion un responsable du groupe hôtelier. L’avenir de la start-up luxembourgeoise semble désormais bien engagé. En plus de son siège à Luxembourg, elle a ouvert des bureaux à New York et à Singapour. «Cette fois-ci, l’idée est bonne, nous avons une équipe motivée, des investisseurs qui nous suivent et surtout, c’est le bon timing», sourit Alexandra Fernandez Ramos.

