Conjoncture mondiale

De l’incertitude à l’inquiétude économique (2/3)

20 Septembre 2018 Par Alexandre Gauthy (Banque Degroof Petercam Luxembourg)
Alexandre Gauthy, macroéconomiste pour Degroof Petercam Luxembourg.
Alexandre Gauthy, macroéconomiste pour Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Degroof Petercam)

Dans le tout récent numéro de septembre/octobre de Paperjam, nous avons interrogé différents chefs économistes sur les événements qui, selon eux, pourraient avoir une influence sur l’économie internationale d’ici la fin de l’année. Par manque de place, nous n’avons pas pu vous livrer l’intégralité de leur analyse. Voici, de manière plus détaillée, l’analyse d’Alexandre Gauthy, macroéconomiste pour Degroof Petercam Luxembourg.

Les communiqués de la Fed en septembre et décembre

Étant donné la vigueur de l’économie américaine, il est fort probable que la Réserve fédérale hausse ses taux directeurs en septembre et en décembre, en ligne avec la prévision médiane de ses membres, portant ainsi les resserrements monétaires au nombre de quatre pour cette année.

Malgré les déclarations récentes du président américain qui préférerait que l’institution interrompe ses hausses de taux, si la Fed est vraiment indépendante, elle ne devrait pas tenir compte de ses remarques et piloter sa politique monétaire en fonction de la situation économique.

De ce côté, l’inflation s’est normalisée, le taux de chômage a atteint un niveau très faible et les salaires montrent progressivement des signes de hausse. Tous ces éléments plaident en faveur du maintien des augmentations de taux prévues par la Banque centrale. Les nouvelles projections de la Fed influenceront grandement les marchés des changes et obligataire.

Le budget italien de 2019

Le nouveau gouvernement eurosceptique en Italie doit soumettre une proposition de budget pour l’année prochaine à l’Union européenne avant début octobre. Les détails de ce budget seront scrutés par les marchés. À ce jour, l’incertitude persiste. D’une part, les chefs de file des deux partis au pouvoir campent sur leurs propositions de campagne, à savoir un revenu universel pour le Mouvement 5 Étoiles et une baisse de la taxation pour la Ligue.

La mise en place de ces politiques ferait augmenter considérablement le déficit public, allègrement au-delà de 3% du PIB. D’autre part, le ministre des Finances ainsi que le Premier ministre italien semblent plus conservateurs et préconisent un budget qui reste en ligne avec les règles européennes de déficit public. 

Le stimulus chinois

Face à un ralentissement de la croissance chinoise causé par une décélération de la création de crédit et à la menace protectionniste américaine qui plane sur l’économie chinoise, les autorités ont pris une série de mesures depuis quelques mois visant à stimuler la croissance (dévaluation du renminbi, injections de liquidités dans le système bancaire et possible relance budgétaire).

Le gouvernement chinois semble vouloir soutenir la croissance à court terme (en partie à travers la relance du crédit) sans pour autant altérer ses objectifs à plus long terme de réforme de l’économie, dont l’un d’eux consiste à diminuer la dépendance de l’activité au crédit. Bien qu’à ce jour difficilement mesurable, l’ampleur de ce programme de relance déterminera son influence sur la croissance chinoise et, par ricochet, sur celle d’autres économies.

Élections américaines de mi-mandat

Les élections américaines de mi-mandat sont un événement important pour l’économie américaine. Les Républicains vont-ils garder leur majorité à la Chambre des représentants et au Sénat? La popularité du président a augmenté suite aux baisses d’impôts apportées par la réforme fiscale et grâce à sa gestion des relations commerciales américaines.

Le gouvernement aimerait rendre permanente la réduction d’impôts pour les ménages, ce qui serait difficilement réalisable si les Républicains perdaient un des organes législatifs.  

Les mesures protectionnistes américaines

Fin août, des progrès ont été réalisés sur le front du Traité de libre-échange nord-américain. Les États-Unis et le Mexique sont parvenus à un accord sur les sujets de discorde précédents, notamment autour du secteur automobile. Certains dossiers concernant le commerce sont toujours en cours d’étude à la Maison Blanche, tels que la taxation des importations automobiles depuis l’Europe ainsi que l’imposition de droits de douane sur 200 milliards de dollars supplémentaires d’importations chinoises.

La mise en place de ces deux dernières mesures pourrait générer de la volatilité sur les marchés, car les échanges commerciaux visés sont plus significatifs que les biens ayant déjà fait l’objet de taxes à l’importation depuis le début des hostilités commerciales.

Il est probable que les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine subsistent dans les prochains mois. En effet, les reproches des États-Unis faits à la Chine sont profonds et ces contestations ne se règlent pas du jour au lendemain. De plus, n’oublions pas que la Chine est responsable à peu près de la moitié du déficit commercial total américain.