Conjoncture mondiale

De l’incertitude à l’inquiétude économique (1/3)

20 Septembre 2018 Par Stefan Van Geyt (KBL epb)
Stefan Van Geyt, group chief investment officer chez KBL European Private Bankers. (Photo: KBL / archives)

Dans le tout récent numéro de septembre/octobre de Paperjam, nous avons interrogé différents chefs économistes sur les événements qui, selon eux, pourraient avoir une influence sur l’économie internationale d’ici la fin de l’année. Par manque de place, nous n’avons pas pu vous livrer l’intégralité de leur analyse. Voici, de manière plus détaillée, l’analyse de Stefan Van Geyt (KBL epb).

Le contexte macroéconomique d’ici fin 2018 risque d’être fort compliqué et volatil suite aux positions de plus en plus extrêmes et irréconciliables des différents acteurs, et cela au moment où les politiques monétaires deviennent toujours plus restrictives.

Aux États-Unis, l’administration de Donald Trump se montre de nouveau plus agressive vis-à-vis de ses partenaires commerciaux, et plus particulièrement la Chine. Trump menace d’appliquer des tarifs à l’importation supplémentaires sur 200 milliards de dollars de biens chinois, se lançant dans une vraie guerre commerciale avec ce pays. Récemment, il a rejeté l’offre européenne d’éliminer tous les tarifs sur les importations de voitures, qu’il a jugée insuffisante. Si Trump se lance vraiment dans une guerre commerciale majeure, il va de soi que cela impactera lourdement la confiance des investisseurs et que beaucoup de projets d’investissement seront postposés.

En Europe, une confrontation entre le nouveau gouvernement populiste italien et Bruxelles sur le budget menace les perspectives. Lega Nord et le Mouvement 5 étoiles veulent à tout prix tenir leurs promesses électorales d’une baisse des impôts et d’un revenu de base. Mais avec un coût estimé à 100 milliards d’euros, ces projets mèneraient à une explosion du déficit budgétaire. Celui-ci pourrait atteindre 6% du PIB, dépassant de loin la limite européenne de 3%, et cela pour un pays déjà lourdement endetté. Si on n’arrive pas à un compromis, une nouvelle crise de la zone euro pourrait éclater. 

En plus, les politiques monétaires deviennent plus restrictives. La Fed a indiqué qu’elle a l’intention d’augmenter davantage les taux dans les prochains mois (et en 2019). Les coûts de financement plus élevés pour les dettes libellées en dollars ont entre-temps déjà fait des victimes parmi les marchés émergents et ont certainement aussi joué un rôle (à côté d’un «mismanagement économique» clair) dans la crise qui touche actuellement la Turquie et l’Argentine. En Europe, la BCE va arrêter son programme d’assouplissement quantitatif fin d’année.