Rentrée universitaire

Contre le «verrouillage» de l’enseignement supérieur par l’Uni

18 Septembre 2017 Par Camille Frati
Uni
Sans recteur, l’Uni attend que sa gouvernance soit remaniée par le projet de loi déposé par le ministre de l’Enseignement supérieur en mai dernier. (Photo: Maison moderne / archives)

Dans son avis sur le projet de loi sur l’organisation de l’Université du Luxembourg, la Chambre des métiers donne quelques bons points, mais s’oppose au monopole national de l’institution.

Déposé en mai dernier, le projet de loi ayant pour objet l’organisation de l’Université du Luxembourg recueille mois après mois les avis des chambres professionnelles habilitées. Après la Chambre des salariés et celle de commerce, au tour de la Chambre des métiers de livrer son interprétation du texte.

Les représentants de l’artisanat saluent la réunion des entités de l’Uni sur un site unique à Belval, qui correspond à leur suggestion dès 2003 à la création de l’Uni. Ils souscrivent également au «trinôme ‘conseil de gouvernance, recteur, conseil universitaire’» prôné par le projet de loi et à la suppression du décanat, tout comme à l’association des étudiants au conseil universitaire. Ils déplorent toutefois le «manque d’ouverture sur le monde professionnel» au sein du conseil de gouvernance et estiment que la présence de cinq professeurs d’université «devrai[en]t suffire pour ‘couvrir’ les deux premières missions de l’Université, à savoir l’enseignement supérieur et la recherche». Resteraient alors quatre sièges dévolus au monde économique, social et culturel, dont la «provenance [doit être] indiquée avec la nécessaire précision», propose la Chambre des métiers.

La situation (...) aujourd’hui rend difficile, voire impossible l’installation de nouveaux acteurs.

Chambre des métiers

Les artisans voient d’un bon œil l’abolition de la différenciation entre les filières bachelor/master à dominante professionnelle et à dominante académique ainsi que l’extension de la formule de la validation des acquis de l’expérience (VAE) aux études proprement dites.

La Chambre des métiers rejoint toutefois une autre organisation patronale – la Chambre de commerce – sur son opposition au monopole légal de l’Uni que tendrait à instaurer le projet de loi. Une position qu’elle avait déjà exprimée lors d’un précédent avis en 2009 en ces termes: «Afin d’éviter tout malentendu et afin d’étouffer tout soupçon de discrimination entre offreurs étrangers et offreurs luxembourgeois ainsi que tout soupçon de tentative de verrouillage du ‘marché’ de l’enseignement supérieur au profit de l’Université du Luxembourg comme seul et unique acteur national puisque disposant de sa propre base légale, la Chambre des métiers demande d’apporter les précisions qui s’imposent selon toute évidence dans ce contexte.»

Elle tire encore une fois la sonnette d’alarme, estimant que «la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui rend difficile, voire impossible l’installation de nouveaux acteurs luxembourgeois et implicitement d’acteurs dont l’offre se situerait plus proche des besoins du monde économique et professionnel local».

Une rentrée sans recteur

Une inquiétude exacerbée par les conditions de la reprise des activités de l’actuel Institut universitaire international Luxembourg (lUIL) par un futur groupement d’intérêt économique, le Centre de gestion pour la formation continue et professionnelle universitaire, amené à être «placé sous la ‘haute surveillance’ de l’Université». Un mouvement que ne conteste pas la Chambre des métiers qui préconise toutefois qu’il se fasse «dans un esprit d’ouverture et de complémentarité par rapport aux autres acteurs existants et potentiels». Elle craint en effet que cela ne «consolide sa position dominante sur le ‘marché’ de l’enseignement supérieur ou livre le prétexte pour le blocage d’autres initiatives, notamment du secteur privé, rendues difficiles, voire impossibles à ce stade par les dispositions de la législation sur l’enseignement supérieur».

L’avis de la Chambre des métiers tombe en pleine rentrée universitaire et alors que le remplaçant de Rainer Klump au rectorat n’a pas encore été trouvé. Interrogé sur RTL.lu lundi matin, le vice-recteur académique, Romain Martin, assurait que le processus de recrutement était en cours au sein de la commission ad hoc, à laquelle il fait «pleinement confiance». Le vice-recteur, les doyens et les directeurs de centres interdisciplinaires, sans oublier l’équipe du rectorat, ont «bien travaillé ensemble» afin que la rentrée se déroule au mieux.

Une rentrée marquée par l’apparition de trois masters (architecture, logistique et border studies) et d’un bachelor (informatique). «Nous voulons une Université qui se tient au centre de la société luxembourgeoise», a souligné M. Martin, défendant le choix de l’Uni de ne «pas tout faire».