Chronique financière

Consommer le Fiar sans modération mais avec précaution

12 Janvier 2017 Par Stéphane Ries (KBL epb)
Stéphane Ries, chronique financière
«Les six premiers mois d’existence de la loi Fiar ont été très prometteurs», selon Stéphane Ries. (Photo: KBL epb)

L’été dernier, un nouveau type de fonds d’investissement est venu enrichir le paysage luxembourgeois des véhicules alternatifs, explique Stéphane Ries dans sa chronique financière.

En effet, depuis juillet 2016, tout initiateur de fonds d’investissement a le choix entre un des véhicules d’investissement supervisés par la CSSF (Sif, Sicar, fonds Partie II) ou le Fiar, fonds d’investissement alternatif réservé (ou Raif en anglais), un véhicule indirectement régulé et supervisé.

Les six premiers mois d’existence de la loi Fiar ont été très prometteurs. Le Fiar offre aux initiateurs de fonds une alternative à tous les véhicules qu’ils ont connus jusqu’ici – au Luxembourg et dans d’autres domiciles – en termes de flexibilité, de fiscalité et de rapidité de réaction commerciale.

Pour rappel, ce type de fonds doit être géré par un gestionnaire alternatif autorisé (AIFM) et bénéficie du passeport professionnel européen pour une distribution à des investisseurs institutionnels, professionnels et avertis. Ce véhicule peut prendre de multiples formes légales (sicav, FCP, SCS, SCSp) et une variété quasi illimitée de stratégies d’investissement sont autorisées. En outre, comme pour tout autre fonds d’investissement de droit luxembourgeois, le Fiar bénéficie d’un régime fiscal flexible et avantageux.

Il se distingue principalement par un «time-to-market» réduit. N’étant pas directement supervisé par la CSSF, il ne doit pas être agréé spécifiquement en tant que fonds et cela réduit substantiellement le délai avant de pouvoir être commercialisé.

Dans la pratique, cet argument doit être nuancé, car le délai réduit joue essentiellement dans le cas où les différents prestataires de services ont déjà une relation d’affaires bien établie. Lorsque les parties prenantes n’ont jamais collaboré, le délai de lancement est certes plus court, mais la «due diligence» sur l’initiateur et les prestataires de services (AIFM, gestionnaire en délégation, banque dépositaire, administration centrale…) doit se faire avec tout le professionnalisme et la rigueur que le Luxembourg incarne. Il en va de la bonne réputation du Grand-Duché et des professionnels du secteur des fonds.

De nombreux Fiar ont déjà été lancés et le pipeline de nouveaux projets est important. Les initiateurs de ces projets proviennent de divers horizons et les politiques d’investissement retenues sont très variées. Ils ont en commun qu’ils n’ont pas besoin d’un double niveau de régulation, c’est-à-dire une régulation à la fois du véhicule et du gestionnaire (AIFM) et qu’ils souhaitent rapidement démarrer leurs activités.

Après seulement six mois d’existence, plusieurs constats s’imposent. Aujourd’hui, ce type de fonds alternatifs est largement connu, en Europe et au-delà. Tous les professionnels de la Place ont réussi, en très peu de temps, à placer ce nouveau véhicule sur le radar de bon nombre de gestionnaires à travers le monde – qui ne pensaient pas nécessairement au Luxembourg pour le lancement de leur nouveau fonds d’investissement alternatif.

Reste aux prestataires de services de la Place de faire du Fiar le prochain produit phare de la Place luxembourgeoise. À défaut du filet de sécurité que représente la supervision de la CSSF, chacun – individuellement et collectivement – doit jouer son rôle de gardien de la bonne réputation du Luxembourg en matière d’OPC au niveau mondial.

Pour rester dans la terminologie des fêtes de fin d’année encore présentes dans les esprits, il est recommandé de consommer le Fiar sans modération, mais avec précaution.