Les politiques répondent aux experts

Comment rediriger l’investissement vers les entreprises?

06 Juin 2018 Par Camille Frati
Fondation idea
Quelles mesures fiscales envisagez-vous pour accompagner l’essor de la start-up nation et faire émerger au Luxembourg une communauté forte et dense de business angels et d’investisseurs? Les politiques répondent... (Photo: Edouard Olszweski / Archives)

À cinq mois des élections législatives, les sept partis politiques en lice répondent pour Paperjam aux questions de professionnels de la Place ou d’acteurs économiques de premier plan. Deuxième volet de cette série avec la question de la Fondation Idea, think tank d’économistes né dans le sillage de l’initiative Lux2030. 

Fondation Idea: La loi Rau n’est plus et la bonification d’impôt pour investissement en capital à risque est méconnue et très peu sollicitée. Quelles mesures fiscales envisagez-vous pour accompagner l’essor de la start-up nation et faire émerger au Luxembourg, où la préférence pour l’investissement dans l’immobilier est forte, une communauté forte et dense de business angels et d’investisseurs en capital à risque?

David Wagner (Déi Lénk): La théorie selon laquelle le «capital à risque» (qu’il faudrait exonérer de la contribution fiscale, bien évidemment) procède d’une idéologie (pseudo)-schumpétérienne aveugle des réalités économiques. Toutes les grandes découvertes et innovations technologiques, y compris le smartphone, doivent leur développement à l’efficacité de la recherche publique. En règle générale, le capital à risque n’intervient que 15 à 20 ans après les investissements fondamentaux de l’État et une fois la solidité économique établie. Au contraire, des exonérations fiscales mettent en danger l’innovation car elles grèvent les moyens de financement de la recherche publique.

Christian Kmiotek (Déi Gréng): Vu le principe de l’égalité devant la loi, il n’est pas souhaitable de privilégier certains groupes de personnes. Mieux vaudra créer des instruments qui permettent à tous et donc aussi au commun des mortels de s’associer autour de petits montants également. Voilà qui démocratiserait l’investissement, créerait un environnement général favorable à la prise de risque et pourrait stimuler l’économie de transition, parallèlement à d’autres secteurs.

Renforcer l’investissement des business agents et du capital à risque dans les start-up luxembourgeoises.

Franz Fayot, LSAP

Laurent Mosar (CSV): Nous avons régulièrement en public renvoyé aux modèles existants dans les pays anglo-saxons, tels le Small Business Act aux États-Unis ou le Seed Enterprise Investment Scheme au Royaume-Uni, i.e. un système de défiscalisation permettant à l’investisseur de récupérer 50% de son investissement dans une start-up moyennant un abattement fiscal. Nous considérons qu’il faudra sérieusement étudier ces régimes, afin de créer peu à peu une start-up nation.

Franz Fayot (LSAP): Nous ne sommes pas opposés à réfléchir à un instrument incitatif, afin de renforcer l’investissement des business agents et du capital à risque dans les start-up luxembourgeoises. On pourrait aller en direction d’une déductibilité fiscale, partielle ou totale, des investissements uniquement en cas de faillite de la start-up.  

Marc Goergen (Piratepartei): Nous préconisons des règles faciles à appliquer et à comprendre, comme par exemple l’abandon du plafond actuel de la bonification d’impôt pour investissement en capital-risque. De plus, nous voudrions permettre de compenser des pertes d’investissement avec des gains aussi pour des personnes physiques.

Nous avons l’ambition de devenir un hub de référence pour les jeunes entreprises innovantes.

Joëlle Elvinger, DP

Joëlle Elvinger (DP): Nous avons l’ambition de devenir un hub de référence pour les jeunes entreprises innovantes. Pour ce faire, il faut créer un environnement propice à l’innovation et à l’investissement, tout en cultivant l’«esprit start-up». Des incitations fiscales sont actuellement en discussion pour promouvoir davantage les investissements des business angels. Les idées vont figurer dans notre programme électoral.

Alain Kleeblatt (ADR): Nul n’est censé ignorer la loi… Encore faut-il, en la matière, la faire connaître, ce qui doit être fait à la fois par le gouvernement et les acteurs économiques. L’ADR est prêt à consentir des facilités spécifiques aux start-up, sans nécessairement restreindre ces aides à des mesures fiscales (les start-up ne générant généralement pas de bénéfices). En ce qui concerne les investisseurs dans le capital à risque, ces derniers devaient pouvoir, dans certaines limites, bénéficier d’avantages spécifiques et le Luxembourg doit en cette matière s’orienter sur les dispositions les plus favorables préconisées par l’OCDE.