Regtech

«Changer de paradigme pour gagner en productivité»

05 Juillet 2017 Interview par Jonas Mercier
Si l’utilisation de l’intelligence artificielle pour lire des documents n’est pas nouvelle, elle est pour l’instant absente du domaine des fonds.
Si l’utilisation de l’intelligence artificielle pour lire des documents n’est pas nouvelle, elle est pour l’instant absente du domaine des fonds. (Photo: Sébastien Goossens)

Seqvoia travaille sur une intelligence artificielle qui pourrait révolutionner l’industrie des fonds. Objectif: faciliter les processus réglementaire et de compliance. Un projet qui nécessite le soutien de la recherche publique luxembourgeoise, selon Nicolas Buck, CEO de l’entreprise.

Monsieur Buck, comment comptez-vous introduire de l’intelligence artificielle dans les processus réglementaire et de compliance de l’industrie des fonds?

«La documentation réglementaire émise par l’industrie des fonds d’investissement est largement gouvernée par les directives européennes. Or aujourd’hui, ce sont des personnes qui relisent ces documents pour vérifier leur conformité. Notre ambition est de permettre à la technologie de prendre en charge cette activité.

L’intelligence artificielle sur laquelle nous travaillons sera capable de lire des prospectus, de les comprendre et de relever les différences techniques éventuelles qui existent entre deux documents différents qui parlent du même produit.

Huit de nos 22 employés travaillent sur ce projet depuis huit mois et nous pensons commercialiser une première version l’année prochaine. Mais c’est un processus qui ne s’arrête jamais, car la réglementation est toujours en mouvement.

L’industrie des fonds n’est-elle pas déjà en partie automatisée?

«Toutes les données nécessaires aux activités de compliance sont d’ores et déjà intégrées dans des bases qui sont structurées par des logiciels. Les humains ont ensuite la charge de les analyser. Mais la technologie actuelle n’est pas capable de déchiffrer de l’information non structurée, de lire un contenu, de le comprendre et de le comparer.

Des centaines d’entreprises dans le monde travaillent sur cette problématique, car elle peut être adaptée à de nombreux domaines. Mais dans le secteur des fonds d’investissement, personne n’offre encore cette solution. L’enjeu est donc de changer de paradigme pour gagner en productivité.

La vague des regtech est-elle en train de révolutionner ce secteur?

«Vous savez, des solutions technologiques existent depuis très longtemps dans le domaine financier, mais les développements technologiques d’aujourd’hui et du futur vont en effet complètement révolutionner l’industrie des fonds, et ceci autant dans le back-office que dans le middle-office et le front-office. Le terme ‘regtech’ ajoute une couche marketing qui les rend plus visibles, mais il ne faut surtout pas sous-estimer la connaissance réglementaire. Ce qui a évolué, par contre, c’est le coût de la technologie, qui a significativement diminué. Par ailleurs, tout va plus vite car les ordinateurs sont beaucoup plus puissants. Le gain potentiel de productivité est donc énorme.

Pour développer cette technologie, vous pensez collaborer avec des acteurs de la recherche…

«Oui, la complexité du projet nous l’impose. Le défi est de trouver les chercheurs qui travaillent sur ce domaine et qui pourront nous aider à adapter cette intelligence artificielle au secteur des fonds d’investissement. Nous cherchons actuellement dans le monde entier.

Les instituts de recherche publics luxembourgeois ne pourraient-ils pas répondre à vos besoins?

«En partie, mais ce serait présomptueux de penser qu’au Luxembourg, nous disposons de toutes ces compétences. L’industrie financière est l’un des très grands piliers du pays, et il faut aligner nos efforts. Les centres de recherche n’ont pas, aujourd’hui, une compréhension suffisante du monde financier. Il n’y a tout simplement pas assez de spécialistes. Et c’est pourquoi il est très important d’encourager les projets de recherche entre le monde académique et des entreprises de toute taille au Luxembourg. Cela entraînera un transfert de compétences. C’est un enjeu primordial d’arriver à ce que l’industrie financière puisse collaborer plus étroitement avec la recherche publique. Il faut œuvrer pour réduire le décalage entre ces deux mondes.»

Les banques rencontrent la recherche

L’Association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL) a annoncé fin mai la signature d’un partenariat de recherche avec l’Université du Luxembourg (SnT). L’objectif: développer une technologie basée sur les principes de la blockchain pour servir l’analyse de données liée aux réglementations toujours plus contraignantes KYC (identification et vérification de l’identité des clients des institutions financières). Ce projet s’étalera sur quatre ans et, une fois terminé, bénéficiera à l’ensemble des opérateurs de la Place.