#CelebratingLuxembourg

«C’est sur ces valeurs d’ouverture qu’il faut miser»

04 Novembre 2017 Interview par Céline Coubray
Su-Mei Tse
«À Venise, je me suis rendue compte que mon travail intéresse un plus grand public», souligne Su-Mei Tse. (Photo: Eric Chenal)

Maison Moderne a choisi de placer l’année 2017 sous le signe de #CelebratingLuxembourg pour mettre en lumière celles et ceux qui contribuent au rayonnement du pays à l’étranger. La série se poursuit avec l’artiste Su-Mei Tse.

Cette artiste luxembourgeoise avait été invitée par Marie-Claude Beaud, alors directrice du Mudam, qui a réalisé l’exposition du pavillon luxembourgeois à la 50e Biennale de Venise en 2003. Fait exceptionnel, Su-Mei Tse a alors reçu le Lion d’or pour la meilleure participation nationale. Depuis, elle mène une brillante carrière internationale, participe à de nombreuses expositions et biennales, est représentée dans plusieurs galeries internationales et bénéficie jusqu’au 8 avril d’une exposition monographique au Mudam.

Madame Tse, votre travail contribue à faire rayonner le Luxembourg à l’international. Quand en avez-vous pris conscience pour la première fois?

«Disons, quand j’ai été invitée en 2003 à exposer à la Ca’del Duca, dans le pavillon luxembourgeois, et ainsi à représenter le pays. Je me suis rendue compte que c’était quelque chose d’important, non seulement pour moi, mais aussi pour la scène culturelle. Cela m’a permis de travailler, de me concentrer, d’exprimer ce que j’avais à dire. Mais je ne me pose pas tellement ces questions qui sont plutôt perturbantes. Je reste dans l’intimité de mon atelier, ma bulle de création. Une fois le travail «achevé», c’est-à-dire l’exposition montée, comme le mot le dit, on s’expose à un public et se confronte aux réactions, au feed-back.

À Venise, je me suis rendu compte que mon travail intéresse un plus grand public. De nombreux projets avec des personnes et des lieux à l’étranger ont pu se faire. Je le fais, car j’ai envie de le faire, cela me fait avancer. Les échanges sont aussi bien soutien, confrontation et critique et vous stimulent, même si ce n’est pas toujours facile, confortable. Si l’art ou l’artiste peut jouer le rôle d’ambassadeur/drice, c’est très bien, mais ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe consciemment, en permanence.

Comment se positionne l’art luxembourgeois à l’international?

«Je ne suis pas analyste, mais je peux nommer des artistes comme Bert Theis, Martine Feipel & Jean Bechameil, Antoine Prüm, Vera Kox, Filip Markiewicz, Marco Godinho, Tina Gillen ou Mike Bourscheid par exemple qui font (ou ont fait pour Bert) un travail sérieux et consciencieux à l’étranger.

Peut-on parler d’un art typiquement luxembourgeois?

«Non, et si c’était le cas, ce serait bien triste, vous ne pensez pas? 

Que vous disent vos interlocuteurs à l’étranger sur le Luxembourg?

«Les points de vue ou impressions sont variés, soit ils aiment la petite taille, la propreté et le côté pittoresque de la ville de Luxembourg, soit ils en sont effrayés et ressentent un côté un peu fermé. Mais pour la plupart, l’impression est plutôt positive et le choix d’un vaste programme culturel, que ce soit dans le domaine de l’art, de la musique ou du théâtre, ne leur échappe pas. 

Et qu’est-ce que vous leur répondez pour leur donner envie de visiter le Luxembourg?

«Je ne vois mon rôle ni dans la défense ni dans la promotion de notre pays, c’est plutôt intéressant de recevoir un point de vue extérieur. Bien sûr, en cas de préjugé ou de fausse information, je ressens le besoin de donner une image juste du Luxembourg. J’aime partager mes adresses, mes lieux préférés et j’ai envie que mes amis, qu’ils soient de l’étranger ou du Luxembourg, se rencontrent…

À quelle occasion étiez-vous particulièrement fière du Luxembourg?

«Le mot fière est peut-être exagéré et j’avoue ressentir un malaise envers ce genre de questions trop tourné vers un «patriotisme revendiqué». C’est justement l’interaction des différentes cultures, la légèreté et flexibilité avec laquelle les Luxembourgeois communiquent et passent d’une langue à l’autre par rapport à leur interlocuteur (étranger) que je ressens comme particulièrement positif.

Quand on vit au Luxembourg, cela nous semble tellement naturel, et cela devrait l’être. Mais quand on observe les idées nationalistes et tendances xénophobes dans d’autres pays en Europe (je ne dis pas que cela n’existe pas au Luxembourg), c’est sur ces valeurs d’ouverture qu’il faut miser et à ce moment-là, je ressens une reconnaissance, complicité et familiarité envers le Luxembourg.»