#Femaleleadership

«Celui qui prend un congé parental est pénalisé»

05 Avril 2018 Par Audrey Somnard
Pour Larissa Best, le congé paternité devrait être obligatoire, pour établir plus d'égalité dans le couple à l'arrivée d'un enfant.
Pour Larissa Best, le congé de paternité devrait être obligatoire pour établir plus d’égalité dans le couple à l’arrivée d’un enfant. (Photo: Maison Moderne)

Paperjam a décidé de donner plus de visibilité à des femmes leaders du monde économique au Luxembourg. À travers cette série #FemaleLeadership, elles nous parlent de leur parcours et de leur vision de la place des femmes aux positions-clés de leur secteur d’activité. Aujourd’hui, Larissa Best, présidente du Luxembourg Business Angel Network (LBAN).

Elle reprend l’entreprise familiale à 26 ans, puis la vend et multiplie les expériences. Larissa Best est aujourd’hui présidente du LBAN, les business angels, et se démène pour que les entrepreneurs aient accès à plus de liquidités pour mener à bien leurs projets au Luxembourg. Le leadership féminin est pour elle une priorité, et pour y arriver, elle a déjà des idées très précises.

Madame Best, est-ce qu’on peut considérer qu’il y a un leadership/management féminin?

«Oui, très clairement. Les femmes ont généralement un esprit plus collaboratif, moins ‘top down’, mais ce qui est bien, c’est que ce sont des traits qui sont généralement associés au succès. C’est une question générationnelle aussi, aujourd’hui, on voit que les hommes veulent aussi de la flexibilité, ils ont les mêmes attentes, veulent les mêmes choses que les femmes.

Le changement est en train de se faire, je suis confiante et optimiste. De toute façon, les entreprises ont tout à perdre si elles ne piochent que dans 50% des talents qui sont sur le marché.

Il faudrait rendre le congé parental obligatoire pour les hommes.

Larissa Best, présidente du LBAN

Pourtant les choses avancent difficilement, en tout cas en ce qui concerne les postes de direction. Quelles mesures concrètes faudrait-il mettre en place pour favoriser l’accès aux femmes à ces postes?

«Tout d’abord, il faudrait rendre le congé parental obligatoire pour les hommes, c’est important que l’arrivée d’un enfant ne soit pas pénalisante uniquement pour la femme, les hommes doivent tout autant s’occuper de leurs enfants, et les employeurs devraient prendre en compte qu’un homme sera tout aussi absent qu’une femme.

Il faut également développer la flexibilité du temps de travail, surtout pour les emplois dits ‘intellectuels’ où la digitalisation permet de travailler de n’importe où. Mais que ce soit pour les PME ou les grands groupes, il y a un vrai changement culturel à faire. D’ailleurs, je pense qu’à terme, on va arrêter de penser en heures de travail et qu’on sera payé à la tâche, ce qui permettra de gérer son temps plus efficacement, et de ne plus seulement faire du présentéisme.

J’ai lu une étude intéressante qui montrait qu’il y a une corrélation entre ce que les femmes décident de faire de leur carrière et l’exemple qu’elles ont eu à la maison. On tend à reproduire le schéma familial, mais cela prendra donc du temps, sûrement plusieurs générations, avant que les femmes soient à temps plein sur le marché du travail.

Mais pour se consacrer pleinement au travail, il faut un partenaire qui soit prêt à partager le lot des tâches quotidiennes, c’est votre cas?

«Mon mari a pris un congé parental à temps plein, je ne me suis pas arrêtée de travailler, comme ma mère. Évidemment, par la suite, nous alternons les périodes où quand l’un travaille moins, l’autre prend le relais et vice versa, c’est un contrat que nous avons. Mais aujourd’hui encore, mon mari souffre professionnellement d’avoir pris ce congé parental. Ce n’est donc pas les femmes qui sont pénalisées en tant que telles, mais celui qui prend un congé parental.

Que pensez-vous de la politique des quotas de représentants du sexe sous-représenté dans les conseils d’administration?

«Cela a en effet été instauré en Islande, les conseils d’administration sont désormais largement plus féminins, mais cela ne marche pas, car il n’y a pas eu de ruissellement attendu dans le management de ces sociétés.

Il faut être plus incitatif, chez Porsche, par exemple, la société voulait avoir plus de femmes parmi les managers: au moment des promotions, les managers avaient droit à une majoration de bonus s’ils prenaient une femme. Le résultat a été net puisque Porsche a vu augmenter de 10% les managers femmes. Comme quoi, la carotte marche assez bien!

L’argument habituel est de dire que si on «impose» des femmes, on ne privilégie pas forcément les compétences…

«Et vous croyez qu’il n’y a que des hommes managers compétents? Franchement, c’est un faux argument. Les avantages à avoir plus de diversité en entreprise sont indéniables, si en plus il y a de la flexibilité sur le temps de travail, plus de temps partiels accordés, les entreprises ont tout à y gagner. L’État a aussi son rôle à jouer en les incitant avec des crédits d’impôt, par exemple.

Les femmes sont en bien meilleure posture pour sauver une entreprise en difficulté.

Larissa Best, présidente du LBAN

Est-ce nécessaire que l’on consacre une journée par an aux droits des femmes?

«C’est bien d’en parler, c’est indéniable, c’est un petit coup de pression. Mais l’important, c’est qu’on parle de cette thématique tout au long de l’année, que le 8 mars ne soit pas une journée alibi et qu’on range le sujet pour le reste du temps.

Que conseillez-vous aux femmes qui veulent investir ou se lancer dans une entreprise?

«Les femmes ont généralement plus d’aversion pour le risque que les hommes. Elles sont donc en bien meilleure posture pour sauver une entreprise en difficulté. Je crois que le monde des investisseurs, qui est encore à majorité masculine, a tout à gagner à se rendre compte qu’il y a plus d’argent à se faire avec une entreprise menée par une femme. Les hommes prennent beaucoup de risques, et ce n’est pas ce que préfèrent les investisseurs en général. Ce changement de culture fait que c’est à mon avis le meilleur moment pour les femmes de se lancer.»

Le CV de Larissa Best en trois dates marquantes:

  • 1998: Démarre sa première entreprise à l’âge de 18 ans dans l’événementiel avec deux amis;
  • 2013: Vend l’entreprise familiale à l’entreprise néerlandaise cotée en bourse, Wolters Kluwer;
  • 2018: Devient la présidente du LBAN.

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.