#CelebratingLuxembourg

«Ce sont nos aïeuls dont on doit être fier»

07 Novembre 2017 Interview par Camille Frati
Jean-Claude Wiwinius, Cour supérieure de Justice
«Cela me remplit souvent de satisfaction quand je compare la justice luxembourgeoise avec de nombreux autres pays», remarque Jean-Claude Wiwinius, président de la Cour supérieure de Justice et de la Cour constitutionnelle. ( Photo : Julien Becker / archives )

Maison Moderne a choisi de placer l’année 2017 sous le signe de #CelebratingLuxembourg pour mettre en lumière celles et ceux qui contribuent au rayonnement du pays à l’étranger. La série se poursuit avec Jean-Claude Wiwinius, président de la Cour supérieure de Justice et de la Cour constitutionnelle.

Magistrat depuis près de 40 ans, Jean-Claude Wiwinius a fait le tour des juridictions avant d’accéder au poste le plus élevé de l’Administration judiciaire en 2016, tout en continuant à enseigner aux jeunes générations de juristes. Il entretient ses liens avec les autres magistrats européens à travers le Comité consultatif des juges européens auprès du Conseil de l’Europe.

Une fois n’est pas coutume dans cette série, M. Wiwinius a tenu à expliquer sa participation à # Celebrating Luxembourg: «J’ai réfléchi un instant avant d’accepter de répondre à votre questionnaire. En effet, d’une part, tout magistrat, avant d’ouvrir la bouche — ou de prendre la plume — pour s’expliquer en public, doit se rappeler un de ses devoirs essentiels, à savoir le devoir de réserve. D’autre part, me suis-je dit, est-ce que le magistrat est en mesure de participer à un nation-branding? Cela n’est pas son rôle. Mais, il n’empêche que, s’il est en position de «rayonner» à l’étranger, pourquoi ne le ferait-il pas?»

Monsieur Wiwinius, votre incarnation du pouvoir judiciaire et votre engagement depuis 2000 au sein du conseil consultatif des juges européens (CCJE) auprès du Conseil de l’Europe contribuent au rayonnement à l’international du Luxembourg. Quand en avez-vous pris conscience pour la première fois?

«J’en ai pris connaissance le jour où j’ai été sollicité pour prendre la présidence du CCJE, qui connaît actuellement un certain prestige dans le monde judiciaire européen, et cela après les représentants de deux grands pays, à savoir la France et le Royaume-Uni. Malheureusement, les contraintes professionnelles nationales, qui ne m’auraient pas permis de me consacrer suffisamment à cette tâche — correspondant à un half-time job — ont fait que j’ai dû décliner cette offre.

Comment se positionne la justice luxembourgeoise à l’international?

«J’ai l’occasion d’assister aux réunions d’un certain nombre de réseaux internationaux. Cela me remplit souvent de satisfaction quand je compare la justice luxembourgeoise avec de nombreux autres pays, même européens, et que je peux constater qu’elle se porte très bien, et ce notamment en ce qui concerne l’indépendance des juges luxembourgeois qui, en pratique, est largement garantie, même si dans les textes, il reste encore des choses à faire.

Peut-on parler d’un style judiciaire luxembourgeois?

«Pas particulièrement. En principe, nous suivons, en ce qui concerne la rédaction des décisions judiciaires, le style notamment de nos voisins français, quitte à ce que nous ayons souvent tendance à 'surmotiver' nos arrêts. Je rappelle à cet égard que pour le droit commun - Code civil et Code pénal - c’est le Code Napoléon, modifié à de nombreux endroits bien entendu, qui est toujours en vigueur, le Code civil méritant d’ailleurs une réforme en profondeur.

Luxembourg est un pays fiable, dynamique et ouvert. Reconnaissez-vous le Luxembourg dans ces mots-clés retenus par le gouvernement?

«D’une façon générale, je considère que ces termes sont bien choisis pour décrire une réalité que je ressens très souvent lors de mes déplacements professionnels. J’espère que nos concitoyens disent la même chose de la justice au Luxembourg.

Que vous disent vos interlocuteurs à l’étranger sur le Luxembourg?

«'Ah oui, vous, au Luxembourg…' Un brin de jalousie se fait très souvent sentir quand je me mets à parler de mon pays. Il en est ainsi, par exemple, quand il est question du nombre des magistrats par nombre d’habitants, du moins jusqu’à ce que j’explique à mon interlocuteur le pourquoi de la chose, à savoir que l’ampleur de la place financière entraîne, de la part de la justice, un engagement correspondant.

Et qu’est-ce que vous leur répondez pour leur donner envie de visiter le Luxembourg?

«Comme je n’ai pas les moyens de les inviter tous à visiter le pays, je me limite à leur vanter les beautés de nos paysages, tout en relevant qu’il faut prendre le temps pour en apprécier les avantages. Inutile de préciser qu’à chaque dîner, je me fais un plaisir de vanter le produit des vignobles luxembourgeois qui commencent effectivement à être connus à l’étranger.

À quelle occasion avez-vous pu particulièrement être fier du Luxembourg?

«D’emblée, je me permets de relever — et là je suis sans doute en porte à faux avec votre série — qu’avant d’exprimer aujourd’hui sa fierté du Luxembourg, il faudrait peut-être saluer la chance et le privilège qu’on a de pouvoir s’y trouver et non dans un pays quelconque du tiers monde, par exemple. Ce sont nos aïeuls dont on doit être fier, qui ont construit ce qu’est le Luxembourg à l’heure actuelle, et qu’il faut remercier à cet égard.

Cela étant dit, et comme j’ai toujours été un passionné des sports, j’aurais pu vous répondre, à l’instar de plusieurs de mes prédécesseurs à cet endroit, que les occasions où le «petit» Luxembourg en a fait voir aux «grandes» nations, je pense par exemple au cyclisme, au tennis, au tennis de table et même au football, m’ont toujours réjoui et je n’ai pas manqué de le faire savoir aux collègues étrangers.

Plus sérieusement, en ce qui concerne le monde de la justice, on doit absolument saluer le fait que des Luxembourgeois ont été élus par leurs pairs à la tête des institutions européennes les plus prestigieuses, telles que la Cour européenne des Droits de l’Homme ou le Tribunal de l’Union européenne.

Mais, en fin de compte, c’est récemment, lors d’un voyage au Madagascar, que j’ai pu me rendre compte, avec une fierté que je ne voudrais pas cacher, que le Luxembourg y était connu non pour quelque prouesse sportive, mais pour avoir participé à l’équipement de plusieurs écoles dans la capitale Antananarivo.»