Convention collective bancaire

Blocages persistants à la table des négociations

20 Février 2018 Par Jean-Michel Hennebert
Aleba
Après plusieurs mois de discussions entre l’ABBL et les syndicats de la Place, la situation se trouve toujours bloquée sur la question des rémunérations et du temps de travail. (Photo: Mike Zenari/archives)

Entamées depuis le début 2017, les discussions entre syndicats et ABBL sur la nouvelle convention collective se trouvent dans l’impasse. Les questions de la rémunération et du temps de travail se trouvent au cœur de propositions radicalement opposées.

Plus d’un an après le début officiel des négociations destinées à mettre sur pied une nouvelle convention collective bancaire, voulue de part et d’autre comme «moderne et simplifiée», la situation s’enlise. Sur les quatre thèmes abordés – santé et bien-être, employabilité et formation, rémunération et temps de travail –, seuls les deux premiers ont abouti à ce jour à un consensus, les syndicats estimant «acceptables» les propositions mises sur la table. Notamment en ce qui concerne la nouvelle classification des salariés des banques et l’utilisation d’une matrice «plus transparente» destinée à définir chaque fonction. Sans surprise, le blocage se situe autour des questions des rémunérations et du temps de travail.

«Sur le volet de la rémunération, l’ABBL nous a bien redit qu’elle ne souhaitait pas de linéaire, plus de prime de juin, plus de prime d’ancienneté et plus de garanties triennales, mais une prime unique», indique lundi Laurent Mertz, secrétaire général de l’Aleba, principal syndicat du secteur bancaire. Ce à quoi s’oppose fermement le front syndical, Aleba, LCGB-SESF et OGBL-SBA, jugeant cette proposition «inacceptable» et qui serait «moindre pour les salariés que le système actuel». Raison pour laquelle les syndicats plaident pour l’inscription dans la future convention collective d’une revalorisation de 2% en 2018, puis de 1,5% en 2019 et 2020, selon les données présentes dans leur catalogue commun de revendications.

Cela pourrait avoir un effet très négatif sur la poursuite des négociations.

Véronique Eischen, secrétaire centrale OGBL

Au-delà des chiffres, les négociations se heurtent encore et toujours à des difficultés liées aux approches diamétralement opposées. Si l’ABBL entend inscrire dans le texte final la mise en place de rémunérations ciblées, basées sur le mérite individuel, l’intersyndicale souhaite y voir maintenue la notion collective. Un antagonisme qui se retrouve également dans le mode de négociations choisi et dont les limites semblent avoir été atteintes. Pour la première fois, ABBL et syndicats ont échangé dans le cadre de groupes de travail spécifiques avant de se rencontrer en séances plénières. Une méthode qu’avait boycottée un temps LCGB-SESF et OGBL-SBA et que l’Aleba délaisse désormais également. «Si c’est pour continuer à entendre les positions des uns et des autres avec une vision dogmatique de la part du patronat, cela n’a pas de sens», estime Vincent Jacquet, secrétaire général adjoint du syndicat chrétien social, qui évoque «l’échec» de la méthode voulue par Serge de Cillia, CEO de l’ABBL.

Dans ce contexte, la prochaine réunion plénière, fixée au 1er mars prochain, aura valeur de test, les syndicats ayant indiqué attendre «des avancées concrètes» d’ici la fin mars. «Nous espérons que, d’ici là, l’ABBL dévoilera enfin ses positions sur les deux points de blocage et que cela ira dans notre direction, sinon cela pourrait avoir un effet très négatif sur la poursuite des négociations en cours», lance Véronique Eischen, secrétaire centrale OGBL. Si cette dernière, comme ses homologues de l’Aleba et du LCGB, refuse d’anticiper les conséquences d’un éventuel refus patronal «d’ouvrir le portefeuille», elle assure que «des actions devront être menées». Une référence à peine voilée aux mouvements entamés dans différents établissements bancaires suite à l’annonce par l’ABBL du non-paiement de la prime de juin. Cette dernière avait finalement été versée après deux semaines de vives tensions.

L’état des lieux de la situation sera communiqué dans le courant de la semaine à l’ensemble des salariés de la Place via un tract commun distribué dans les différents établissements bancaires. Il y est notamment écrit noir sur blanc que «comme jamais dans l’histoire sociale du secteur financier, nous sommes très inquiets du déroulement des négociations et des positions insensées défendues par l’ABBL.» L’organisation patronale, contactée par Paperjam, indique dans un communiqué laconique qu’elle «ne communiquera pas avant le 1er mars 2018, date de la prochaine réunion plénière avec les syndicats».