Transformation digitale

Artisans et à la pointe de la technologie

26 Septembre 2018 Par Jonas Mercier
En juin dernier, Michel Reckinger a présenté son projet de lunettes connectées qui bénéficiera du programme «Digital Skills Bridge».
En juin dernier, Michel Reckinger a présenté son projet de lunettes connectées qui bénéficiera du programme «Digital Skills Bridge». (Photo: Matic Zorman)

Souvent pointé pour son retard en termes de digitalisation, le secteur de l’artisanat aborde son virage technologique sans complexes, en comptant sur le soutien des pouvoirs publics.

Ceci n’est pas de la science-fiction. Les techniciens du chauffagiste Reckinger seront bientôt équipés de lunettes connectées. Lors d’interventions chez les clients, ils resteront en lien avec une équipe d’experts basée au siège, qui pourra diagnostiquer en direct la situation et donner des conseils aux dépanneurs.

Si Reckinger a fait le choix de cet investissement, c’est parce qu’il ne dispose pas suffisamment de spécialistes pour installer et réparer les équipements modernes. «La technologie a radicalement changé dans notre domaine et là où nous avions besoin de chauffagistes pour entretenir des chaudières à mazout ou à gaz, nous cherchons aujourd’hui des frigoristes pour installer des pompes à chaleur», témoigne le patron de l’entreprise, Michel Reckinger.

Or, depuis le 1er janvier 2017, toute nouvelle maison individuelle doit respecter les critères énergétiques les plus élevés (AAA), avec un attrait grandissant pour les nouvelles technologies de chauffage. «Nous sommes toujours dans le chauffage, certes, mais la différence entre une chaudière et une pompe à chaleur est à peu près la même qu’entre une voiture diesel et une voiture électrique.»

Une formation indispensable

Pour le chef d’entreprise, les lunettes connectées représentent une suite logique dans l’évolution du métier et sont d’ailleurs déjà utilisées par les grands groupes. «Avec l’arrivée des téléphones portables, nous pouvions déjà offrir du support à distance. Avec les smartphones, nous nous envoyons même des photos», complète Michel Reckinger.

Les nouveaux outils connectés ne résolvent toutefois que partiellement le problème de l’entreprise artisanale, qui doit avant tout former ses techniciens pour les préparer aux compétences de demain. Reckinger a choisi dans cette optique de déposer un dossier pour bénéficier du programme «Digital Skills Bridge», qui vise à former en profondeur les salariés d’une entreprise qui fait face à d’importants changements technologiques.

L’État finance entre 35% et 80% du prix de la formation, selon les cas, alors que 90% du salaire de l’employé est pris en charge durant la période de requalification. En échange, l’entreprise doit fournir une cartographie des compétences disponibles et de celles nécessaires. Une phase pilote a été lancée au printemps et 16 entreprises ont été sélectionnées, dont cinq provenant du secteur de l’artisanat. Sur les 260 employés que compte Reckinger, une quarantaine vont pouvoir bénéficier d’une formation de requalification pour devenir frigoristes.

Rien ne sert de courir…

Pour les initiateurs du projet «Digital Skills Bridge», l’implication du secteur est une agréable surprise, car beaucoup de responsables politiques s’inquiétaient de la capacité des artisans luxembourgeois à prendre le train des nouvelles technologies. «L’artisanat se porte bien, les chiffres le montrent et c’est plutôt positif, mais l’une des conséquences est qu’une bonne partie des artisans ne se préoccupent pas des changements technologiques qui arrivent», indiquait à Paperjam le directeur de la Chambre des métiers, Tom Wirion, l’année passée.

Depuis, la Chambre et la Fédération des artisans ont mis en place de nombreuses initiatives. On peut noter, par exemple, le GIE Digitalt Handwierk, qui soutient les chefs d’entreprise dans leur réflexion stratégique, ou les centres de compétences qui offrent une infrastructure de formation. La digitalisation du secteur est aussi au cœur du Pakt Pro Artisanat, signé au printemps 2017 entre les fédérations professionnelles et le ministère de l’Économie.

«Digital Skills Bridge» n’est donc qu’une pièce d’un puzzle désormais très complet. «Les artisans ont toujours été exposés aux évolutions des technologies», rappelle Michel Reckinger, qui porte également la casquette de président de la Fédération des artisans. «Certes, la digitalisation accélère ces changements, mais je ne pense pas que notre secteur soit en retard sur ce point-là.» Pour les artisans, il est important de savoir prendre du recul et attendre de voir quelle innovation s’imposera, plutôt que de se jeter sur n’importe quelle nouveauté.