10x6

Architectes à l'œuvre

14 Avril 2016 Par Florence Thibaut
Les orateurs du 10x6 ont présenté des projets qui leur tiennent à coeur. Leur point commun: ne jamais avoir vu le jour.  (Photo: Maison Moderne)

Hôpitaux, centres commerciaux ou immeubles de bureaux sont nombreux à organiser des concours pour choisir le bâtiment de leurs rêves. Seul le lauréat voit ainsi son projet sortir de terre. Retour sur des projets innovants, décalés ou provocants qui resteront sur papier.

Avec pour thème «Ces bâtiments que vous ne verrez jamais», le dernier 10x6 a donné un coup de projecteur à des projets architecturaux restés sur papier. Animée par Céline Coubray, rédactrice en chef d’Archiduc, dont le 12e numéro a été dévoilé en primeur ce mercredi 13, la soirée était organisée dans le cadre du salon [email protected] à Luxexpo, avec le soutien de CDCL et Tecnibo.

Céline Coubray

«Si on a plus l’habitude d’entendre parler des bâtiments en cours de construction ou à peine livrés, ces projets non aboutis valent la peine qu’on s’y intéresse. Novateurs et décalés, ils apportent souvent des idées nouvelles et une autre approche de l’espace», introduit l’oratrice du soir.

Il y a toujours une part de mystère qui nous échappe.

Türkan Dagli, dagli + atelier d’architecture

«Il y a une fine ligne entre succès et échec, affirme Türkan Dagli du bureau dagli + atelier d’architecture. Il y a toujours une part de mystère qui nous échappe. Chaque projet est passionnant conceptuellement.»   

Intégrer le contexte

Ainsi, tout projet doit tenir compte du contexte urbanistique préexistant et des contraintes spécifiques du lieu à investir.

shahram Agaajani

«Chaque projet architectural a besoin d’un projet fédérateur. On ne peut pas faire table rase de l’existant», souligne Shahram Agaajani, dont le bureau, Metaform, a participé à un appel d’offre pour revitaliser le campus de Belval. «Nous avions choisi de préserver le passé industriel, notamment en conservant les bassins, ainsi que différentes structures métalliques pour conserver l’âme du lieu.»

Les déplacements des usagers doivent servir de fil rouge.

Sara Noel Costa De Araujo, SNCDA

Sara Noel Costa De Araujo, du studio SNCDA, est partie de l’utilisateur pour définir son projet d’hôpital psychiatrique. «Le briefing était de changer la condition du malade, tout en préservant la sécurité du personnel soignant. Nous avons repensé l’espace intérieur pour plus de confort, puisque les patients ne peuvent jamais sortir. Les déplacements des usagers doivent servir de fil rouge.»

Stefano Moreno

Exemple en milieu extrême, le projet de station d’observation en Antarctique porté par Stefano Moreno de Moreno Architecture devait répondre à un cahier des charges millimétré pour respecter les conditions climatiques. «Ce sont les contraintes naturelles qui ont dicté le projet, pas l’architecte. Gérer l’énergie, la chaleur et les ressources ont été les grands challenges du projet, que je rêve de voir naître un jour.» 

Toucher le jury

Écoles, bâtiments publics ou immeubles de logement, tous répondent à un contexte, à des besoins et à un cahier des charges bien précis. Certaines propositions, pourtant innovantes, peinent parfois à convaincre un jury plus conventionnel.  

Derrière chaque projet, aussi mauvais soit-il, il y a un client.

Jean-Luc Wagner, WW+

Jean-Luc Wagner

En témoigne aussi l’expérience du bureau WW+, avec un concept de château d’eau complètement décalé, loin de l’image classique du grand réservoir couplé à une tour. «Notre projet, trop innovant, a été critiqué pour sa faisabilité, il était pourtant parfaitement réalisable et moins cher, mais sans doute trop différent de ce que l’on a l’habitude de voir», note Jean-Luc Wagner. «Il ne faut pas oublier que derrière chaque projet, aussi mauvais soit-il, il y a un client qui investit du temps et souvent les économies de toute une vie.»

Stéphane Schmit

À l’étranger, on est obligés de sortir de sa zone de confiance. «On propose des choses qu’on ne ferait sans doute pas à Luxembourg. En tant qu’étranger, on a une vision neuve sur les choses», constate Stéphane Schmit d’A+A.  

Sala Makumbundu

Le contexte urbain est toujours le point de départ pour nous.

Sala Makumbundu, CBA

D’autres ne voient jamais le jour pour des raisons politiques et/ou économiques. C’est le cas d’un projet de musée juif commandé par la Ville de Cologne en 2008, non terminé faute de financement adapté. «Le contexte urbain est toujours le point de départ pour nous. Dans ce cas-ci, il fallait tenir compte, dans notre contexte de travail, des ruines d’une ancienne synagogue», explique Sala Makumbundu du bureau CBA. «Ce projet nous a permis de nous familiariser avec les fouilles archéologiques. L’effort n’est jamais perdu.»

Deuxième vie

Si ces projets non retenus ont nécessité énergie, investissement et passion, ils ne sont pas forcément condamnés à finir dans un tiroir.

François Thiry

«Certains aspects reviennent sous d’autres formes et dans d’autres contextes», déclare François Thiry de Polaris. «Une trame commune chez nous: un style minimaliste et un souci de l’espace.»

Ces projets ont tous une valeur théorique.

Philippe Nathan, 2001.lu

Philippe Nathan

«Depuis cinq ans, nos projets sont souvent arrivés les derniers, ce qui n’est pas trop chic. Ce sont pourtant nos préférés», souligne Philippe Nathan de 2001.lu. «Nous restons convaincus de leur plus-value et de leur aspect innovant et radical. Ces projets ont tous une valeur théorique. Nous les gardons pour l’approche.»

François Valentiny

Tout concours est l’occasion de se comparer aux autres bureaux et de tester certaines idées. C’est, du moins, l’expérience de François Valentiny de Valentiny hvp architects, invité à un concours pour un projet de salle de concert commémorant les 250 ans de la mort de Beethoven. «Chaque fois qu’on crée une nouvelle salle, on injecte plusieurs éléments de ce chantier. On retravaille l’ambiance en partant de la même base.»