Billet de la rédaction

Actions speak louder than words

13 Septembre 2017 Par François Aulner
table ronde élections communales
Une table ronde aide certainement les électeurs à former leur opinion. Le mieux serait cependant de lire les programmes électoraux. (Photo: Maison Moderne)

On n’a pas pu constater de différences radicales, mais des nuances entre le DP, Déi Gréng, le CSV et le LSAP lors de la table ronde sur les élections communales organisée ce mardi par le Paperjam Club. L’électeur devra donc choisir à qui il fera confiance pour agir.

Les principaux partis sont désormais tous pour le tram, mais en ce qui concerne d’éventuelles extensions, les avis divergent. Légèrement. Ils veulent tous également freiner la flambée des prix immobiliers, mais s’y prendraient différemment. Légèrement. Au final, il faudrait sans doute dire que les quatre candidats chefs de file, la bourgmestre, Lydie Polfer (DP), l’échevine Sam Tanson (Déi Gréng) et les challengers Marc Angel (LSAP) et Serge Wilmes (CSV), ont tous persuadé ceux du public qui étaient déjà convaincus, tandis que les quelques électeurs qui ne savent pas encore pour qui voter se grattaient un peu la tête en quittant le Cercle Cité.

Néanmoins, il faut admettre que les quatre candidats se sont plutôt bien battus, car le débat était par moments assez animé et plutôt dynamique. Si Sam Tanson et Serge Wilmes se sont disputés par exemple au sujet de «quelle commune construit plus de logements sociaux et à prix abordable, Luxembourg ou Hesperange?», on peut dire que les deux avaient raison, car selon le mode de calcul, c’est soit Luxembourg soit Hesperange qui l’emporte.

Même si Lydie Polfer s’est amusée, comme elle le fait assez souvent, à remonter les bretelles de Marc Angel sur le fait qu’il ne serait pas toujours présent aux commissions consultatives dont il critique certains travaux, ce dernier a toutefois eu raison de critiquer certaines opacités dans les décisions du collège échevinal.

En lisant un peu entre les lignes, on peut aussi retenir ceci du débat: côté majorité, Lydie Polfer estime que le développement de la capitale est sur la bonne voie, tandis que Sam Tanson défend le bilan de la coalition avec le DP, tout en annonçant qu’il faut aller encore plus loin en matière de logement et de mobilité. Côté opposition, on peut retenir que Marc Angel et Serge Wilmes, de manière différente, veulent intervenir davantage sur le marché immobilier et développer le tram.

Tandis que la capitale a, certes, beaucoup grandi en assez peu de temps et que cela prouve l’attractivité de la ville, les chantiers démontrent aussi que les responsables agissent. En revanche, les responsables doivent reconnaître que les bouchons empirent sur certains axes et que les prix des logements flambent. Seuls les électeurs connaissent leur propre perception de l’évolution de leur qualité de vie. Ils devront juger pour eux-mêmes si le bilan est positif et si la voie est bien engagée, et ils devront juger eux-mêmes s’ils peuvent ou veulent faire confiance aux challengers pour qu’ils fassent plus, ou mieux. Le mieux que les électeurs puissent faire pour déterminer leur choix, si ce n’est pas déjà fait, c’est de lire les programmes des différents partis, y compris les plus petits partis comme Déi Lénk ou l’ADR, qui occupent trois des 27 mandats au conseil communal. S’ils souhaitent voter dans l’intérêt commun, ils devront aussi prendre en considération les intérêts de ces résidents qui n’ont pas le droit de vote et les dizaines de milliers de navetteurs résidents du Luxembourg ou frontaliers.

Questions absentes du débat

Le public était venu entendre les candidats et pas le modérateur. Il n'empêche que ce dernier ne cachait pas une certaine frustration après la table ronde. Comme d’habitude. Le débat limité dans le temps et la modération dictant une certaine structure et une certaine retenue pour permettre un débat dynamique, ne lui ont pas permis de creuser plus avant certains aspects des thèmes «logement» ou «urbanisme».

Les habitants de la capitale en voient un peu partout dans leurs quartiers: des logements inoccupés ou des maisons et appartements occupés par des bureaux. À l’époque où il était encore bourgmestre, le Premier ministre Xavier Bettel voulait mettre un terme à la pratique de la désaffectation des logements, tandis que certaines communes ont appliqué une taxe sur des logements inoccupés.

Dans la capitale, les responsables expliquent qu’une tentative pour produire un inventaire a échoué il y a quelques années pour des raisons de protection des données. En effet, pour constater qu’un logement est inoccupé, la Ville de Luxembourg se basait sur les compteurs d’électricité. Or, depuis la privatisation de Léo, ces derniers ne sont plus sous la régie de la Ville. Déi Gréng ont par ailleurs expliqué qu’en Belgique, la Constitution fut changée pour permettre de taxer des logements inoccupés. Bref, il faut se rendre à l’évidence: on ne pourra pas taxer.

Toutefois, à moins qu’ils n’y tiennent pas vraiment, on peut se demander pourquoi les différents partis dans la capitale luxembourgeoise n’ont pas observé d’autres exemples à l’étranger. La ville canadienne de Vancouver a trouvé l’astuce en introduisant une réglementation qui oblige les propriétaires à déclarer quelle utilisation ils feront de leur bien. S’ils n’habitent pas dedans, s’ils ne le louent pas, s’ils ne sont pas en train de le rénover (il existe d’autres exemptions), ils sont priés de payer une taxe d’un pour cent de la valeur du bien. Le modérateur a échoué dans son rôle de poser la question.

Autre échec: le modérateur aurait aimé évoquer une analyse du Forum international. L’organisation, que l’on ne peut décrire de gauche, avertissait il y a quelques jours que la transmission des biens des baby-boomers vieillissants à leurs enfants risquerait de réduire la mobilité sociale. En d’autres termes, cela risquerait d’amplifier les inégalités. Dans une capitale comme le Luxembourg, où une concentration du patrimoine foncier existe, le problème risque de se poser dans un futur très proche.

Pour finir, le modérateur regrette et s’excuse auprès du public à propos du fait qu’il n’a pas trouvé de fenêtre lors du débat pour poser la question suivante: est-ce que l’échevine Sam Tanson (Déi Gréng) partage l’avis de la bourgmestre, Lydie Polfer (DP) – donc du partenaire de coalition –, qui estime que l’efficacité, et donc la raison d’être, des normes environnementales devrait être analysée?

Ces questions auront, le modérateur l’espère, tout de même des réponses avant les élections du 8 octobre.