Suite à la faillite

ABLV Bank porte plainte contre la BCE

08 Mai 2018 Par Jean-Michel Hennebert
ABLV
Accusée de blanchiment d’argent et déclarée en faillite par la BCE, ABLV Bank annonce sa volonté de poursuivre l’instance en charge de la supervision des banques de la zone euro. (Photo: ABLV Bank)

La banque lettone a annoncé lundi soir son intention d’attaquer en justice l’instance en charge de la supervision des banques de la zone euro pour avoir provoqué sa faillite après des accusations de blanchiment d’argent.

Un peu plus de deux mois après avoir été déclarée en faillite par la Banque centrale européenne (BCE), ABLV Bank réplique. Accusée de blanchiment d’argent et de violation des sanctions contre la Corée du Nord, la troisième banque lettone a indiqué lundi soir vouloir savoir si «les organismes tels que la Banque centrale ont agi de manière tout à fait appropriée dans leurs déclarations publiques et leurs actions» suite à la publication d’un rapport accablant des autorités américaines sur le bilan de la banque.

Selon les avocats de la banque, «l’un des problèmes tient dans le fait que la BCE n’a pas réagi rapidement et de manière adéquate lorsque le gouverneur de la Latvijas Banka (membre du conseil des gouverneurs de la BCE, ndlr) a affirmé que personne n’était autorisé à traiter avec ABLV après la publication du projet de mesures du FinCEN (département du Trésor américain luttant contre le financement du terrorisme et les crimes financiers, ndlr). Personne ne conteste que cette déclaration était tout à fait erronée.»

40% de dépôts issus de non-résidents

Outre l’impact sur l’économie lettone du fait du statut de banque systémique d’ABLV, l’affaire a mis à mal la BCE, accusée notamment par les eurodéputés de défaillance dans sa mission de surveillance des banques actives à la périphérie de la zone euro. La décision de l’instance bancaire européenne de geler les paiements d’ABLV et l’annonce de son risque de faillite avaient scellé le sort de la banque lettone. Okko Hendrik Behrends, l’avocat d’ABLV, a déclaré qu’une telle décision n’aurait pas dû déclencher la fermeture d’ABLV, puisque cette dernière était financièrement saine et aurait pu survivre.

ABLV, comme beaucoup d’autres banques de Lettonie, avait d’importants dépôts de clients étrangers, notamment russes et ukrainiens. Environ 40% de tous les dépôts bancaires en Lettonie proviennent de non-résidents, et les agences internationales avertissent depuis longtemps sur le risque d’activités illégales. Pour combattre le blanchiment d’argent et restaurer sa réputation, la Lettonie a annoncé en février son intention de réduire progressivement de moitié la part des dépôts détenus par des non-résidents.

Début mars, le tribunal de commerce de Luxembourg avait rejeté la demande de mise en liquidation de la filiale luxembourgeoise du groupe letton et placé l’entité en sursis de paiement pour une durée de six mois dans l’attente d’un repreneur. L’avocat Alain Rukavina, de l’étude Rukavina, et le partner de Deloitte Éric Collard avaient alors été désignés «administrateurs judiciaires à la suspension de paiement».