Paperjam Top 100 2018

4 - Bob Kneip: du solo au chef d’orchestre

19 Décembre 2018 Par Nicolas Léonard
Selon Bob Kneip, il faut investir dans le space mining et «y croire».
Selon Bob Kneip, il faut investir dans le space mining et «y croire». (Photo: Anthony Dehez)

N°4 - Chez lui ou dans une chambre d’hôtel à l’autre bout du monde, Bob Kneip ne se félicite pas d’être un homme d’influence tous les matins en se rasant. À vrai dire, il ne se pose d’ailleurs même pas la question. Et s’en porte très bien.

Quand on est dans l’action, on ne se demande pas si on est influent ou pas», sourit Bob Kneip dans ses bureaux de Bertrange. Homme influent? Il veut bien croire en cette idée mais simplement car il se trouve ainsi qualifié par la volonté des autres.

Cette reconnaissance et son classement dans le Paperjam Top 100 ne sont pas dû, selon lui, qu’à sa seule réussite en tant qu’entrepreneur. «Il y a sans aucun doute le fait que j’ai toujours estimé que quand on reçoit, il faut rendre.» Notamment via son action dans le domaine caritatif: Croix-Rouge, Pour un sourire d’enfant, Kriibskrank Kanner… 

Au fil de son parcours, Bob Kneip a aussi été lui-même influencé. Par de nombreuses personnes. Mais il avoue que Pierre Henry aura été déterminant à différents égards. «Il a été mon premier patron chez Sodexo à Liège… Il était source d’inspiration et contribuait à ce que chacun apporte quelque chose à la réussite. C’est un homme remarquable.»

Mais il souligne aussi le rôle joué à ses côtés par son épouse. Et celui de son nouveau CEO, Neil Ward dont il se félicite du franc-parler et de sa capacité à faire et à «faire faire». C’est aussi cela, la force de Bob Kneip, qui depuis 2017 s’est éloigné de la gestion journalière pour se concentrer sur la stratégie et la transformation numériques de son groupe: une capacité à s’entourer des bonnes personnes au bon moment.

Comme Marie-Jeanne Chèvremont, ex-managing partner de PwC, qui fut la présidente de son CA avant de devenir sa conseillère spéciale. 

Anticipation et transformation

Pourtant, avant d’être le chef d’orchestre d’environ 250 employés installés au Luxembourg, mais aussi à Londres ou Lausanne, il a d’abord été seul en scène, ou presque. Quand il débute chez Sodexo, il est, en Belgique, le 17e employé de la société qui suscite plus de doute que d’enthousiasme.

Et quand on lui demande de lancer l’activité des chèques-repas au Luxembourg, il fait du porte-à-porte pour convaincre les patrons d’y adhérer. Après un court détour au sein de la régie de RTL (IP), il crée sa société en 1993.

D’abord concentrée sur la communication des annonces légales dans la presse, elle s’intéresse ensuite à la création de rapports financiers légaux, puis se consacre aux uniques fonds d’investissement avec une offre complète de services: publication des valeurs nettes d’inventaire, reportings…

Développer l’industrie, mais aussi la gestion de trésorerie, déjà importante, est aussi à prendre en compte.

Bob Kneip, président de KNEIP

L’informatisation aurait pu le tuer, mais il a anticipé ces mutations, pour faire du groupe Kneip une référence mondiale de ces services. Ce n’est donc pas la digitalisation qui va l’effrayer. 

La réussite de Bob Kneip a de quoi donner le vertige. Tout autant que la visite que vous offre cet amateur d’art contemporain, éclairé et collectionneur un rien compulsif, membre écouté du comité de gestion du Mudam, passant d’un Blechner à un Warhol qui «sont là car sinon les locaux seraient un peu ternes», dit celui qui est à l’origine de la Kneip’s Art Collection. 

L’avenir de l’économie luxembourgeoise, il le voit dans la diversification. Et la consolidation. Bob Kneip n’a ainsi jamais été heureux que l’on tape allègrement sur le secteur financier luxembourgeois. Alors que selon lui, il faut encore développer et soutenir ce fleuron mondial unique en son genre.

«Développer l’industrie, mais aussi la gestion de trésorerie, déjà importante, est aussi à prendre en compte. Tout comme le space mining qui me fait un peu penser à Astra voici 20 ans. Il faut investir dans ce domaine, et y croire. Et au Luxembourg, quand on y croit, on le fait. C’est une force terrible.»