Rapport «Art & Finance» de Deloitte et ArtTactic

22 Avril 2016
L’intérêt porté à l’art et aux services financiers à l’échelle mondiale est en hausse, selon l’édition 2016 du rapport «Art & Finance» de Deloitte et ArtTactic. (Photo: Deloitte)

Aux quatre coins du monde, les gestionnaires de patrimoine prennent conscience de l’importance qu’occupent les objets d’art et de collection au sein d’une offre de gestion de patrimoine. Ils sont en effet 78% à penser que leurs activités de gestion de patrimoine devraient intégrer des services liés à l’art, révèle l’édition 2016 du rapport «Art & Finance», publié par Deloitte Luxembourg en collaboration avec ArtTactic. Pour la première fois depuis la création du rapport, en 2011, il semble que le secteur de la gestion de patrimoine ainsi que les collectionneurs et les professionnels de l’art soient sur la même longueur d’onde, puisqu’ils sont respectivement 70% et 77% à reconnaître ce besoin.

Ainsi, 73% des gestionnaires de patrimoine interrogés en 2016 (ils étaient 58% en 2014) affirment que leurs clients souhaitent inclure des actifs ayant trait aux objets d’art ou de collection dans leur patrimoine afin de bénéficier d’une vue consolidée de leur fortune. «Il semble que la composante financière des collections d’art devienne un moteur essentiel du développement des services de gestion de patrimoine lié à l’art. L’intérêt central n’est pas l’investissement ou la recherche de rendement, mais plutôt la préservation du capital affecté aux objets d’art et de collection», fait valoir Adriano Picinati di Torcello, art & finance practice director chez Deloitte Luxembourg. «Les collectionneurs du monde entier sont 72% à déclarer qu’en ce qui concerne leurs acquisitions, la passion l’emporte sur l’investissement, tandis qu’ils sont seulement 6% à affirmer réaliser ces opérations uniquement à des fins de placement et 22% exclusivement dans le but de se constituer une collection. Bien que la valeur émotionnelle demeure leur motivation principale, la composante financière ne doit pas être sous-estimée.»

Dans l’ensemble, l’indicateur «Art & Finance Future» laisse entendre qu’au cours des 12 prochains mois, les gestionnaires de patrimoine poursuivront leurs investissements dans les services liés à l’art, mais probablement à un rythme moins soutenu. Ils auront tendance à se concentrer sur les activités visant à préserver la part de la fortune de leurs clients affectée à l’art, par exemple la planification successorale, la philanthropie et les prêts garantis par des objets d’art, plutôt que sur les fonds d’investissement en art, pour lesquels cet indicateur affiche son niveau le plus bas depuis la création du rapport par Deloitte et ArtTactic. 

Augmentation considérable du marché américain des prêts garantis par des objets d’art: un portefeuille estimé entre 15 et 19 milliards USD

Étant donné que les capitaux immobilisés dans des objets d’art ou de collection sont en forte hausse, on peut considérer que les prêts garantis par des œuvres d’art constituent un moyen efficace de permettre aux collectionneurs de bénéficier de la valeur de celles-ci sans devoir les vendre. L’édition 2016 du rapport «Art & Finance» estime en effet que le marché américain des prêts garantis par des objets d’art représente entre 15 et 19 milliards USD, ces chiffres se fondant sur la valeur des prêts en cours. Les trois segments du marché sont dominés par les banques privées, avec un portefeuille estimé entre 13 et 15 milliards USD. Cela fait quelques années que les États-Unis sont en tête du développement du marché mondial des prêts garantis par des objets d’art, notamment grâce à des taux d’intérêt peu élevés et à un cadre juridique favorisé par le Code de commerce uniforme (UCC). «En substance, ce dernier permet aux collectionneurs de rester propriétaires des œuvres d’art tant que le prêt est en cours. La situation est différente en Europe: souvent, les banques et les prêteurs spécialisés n’ont d’autre choix que de s’approprier la caution afin de rendre la sûreté opposable. Nos collègues de Deloitte aux États-Unis ont estimé que le marché américain a connu une croissance annuelle de 15 à 20% ces cinq dernières années (ces chiffres se fondant sur la valeur des prêts en cours) », explique Adriano Picinati di Torcello. Cette croissance s’explique principalement par le fait que les banques privées réagissent aux demandes de leurs clients, qui, de plus en plus, voient dans leur collection d’art une source de capitaux dans un environnement à faibles taux d’intérêt.

La majorité des gestionnaires de patrimoine, des professionnels de l’art et des collectionneurs estime que la réponse aux menaces qui pèsent sur le marché de l’art doit venir du secteur lui-même plutôt que d’interventions des pouvoirs publics

Alors même que le secteur des banques privées et de la gestion de patrimoine fait l’objet d’une réglementation accrue à laquelle il doit encore s’adapter, le marché de l’art retient de plus en plus l’attention en raison de ses règles en apparence insuffisantes. Le rapport indique que 76% des professionnels interrogés sont en faveur d’une autorégulation du marché de l’art. Ainsi, 62% des gestionnaires de patrimoine affirment que l’absence de réglementation du marché des objets d’art et de collection demeure le principal défi à leur intégration dans leurs offres de services. Un état de fait que mettait déjà en lumière le précédent rapport «Art & Finance».

S’agissant des questions qui constituent une véritable menace à la réputation et au fonctionnement du marché de l’art, il existe parmi les différentes parties prenantes un consensus sur une série de thématiques communes. Ces préoccupations portent notamment sur la manipulation des prix, les conflits d’intérêts, le manque de transparence et les commissions secrètes: trois quarts des collectionneurs, des professionnels de l’art et des gestionnaires de patrimoine partagent la même opinion. Toutefois, si l’identification des problèmes est évidente, la réponse qu’il convient de leur apporter de manière cohérente et coordonnée l’est nettement moins.

L’augmentation des richesses au niveau mondial et les perspectives neutres ou positives pour le marché de l’art indiquent que le besoin de services de gestion patrimoniale consacrés à l’art va croissant

Étant donné la hausse du nombre de grandes fortunes, le rapport prévoit un accroissement des placements dans les objets d’art et de collection au cours des 10 prochaines années, ce qui suggère que la demande des clients pour des services répondant à cette catégorie d’actifs particulière continuera d’augmenter. Malgré une contraction du marché mondial de l’art contemporain en 2015, il est difficile de prévoir l’orientation que prendra le marché en 2016, puisqu’il faut tenir compte d’un nombre croissant de facteurs macroéconomiques susceptibles d’avoir une incidence sur le marché ces 12 prochains mois. Toutefois, les perspectives de six des huit marchés régionaux analysés par le rapport demeurent neutres ou positives, ce qui indique qu’ils connaîtront une croissance soutenue au cours de l’année à venir. En 2016, seuls les marchés chinois et russe présentent des perspectives négatives.

La version complète du rapport, récemment présenté lors de la 9e conférence «Art & Finance» organisée par Deloitte en collaboration avec le Musée Van Gogh d’Amsterdam, est disponible sur le site internet de Deloitte Luxembourg à l’adresse http://www2.deloitte.com/lu/art-finance-report.