Manifestation du CVCE et de la Fondation du Mérite Européen «L’UEM à la croisée des chemins»

08 Mars 2013
E. Danescu, R. Leboutte, J. Santer, Jean-Claude Trichet, J.-C. Juncker, S. Muñoz
De g. à d. : Elena Danescu, René Leboutte, Jacques Santer, Jean-Claude Trichet, Jean-Claude Juncker, Susana Muñoz (Photo : CVCE)

Jean-Claude Trichet et Jean-Claude Juncker présentent leurs réflexions sur le passé, le présent et l’avenir de la zone euro.

Le 6 mars 2013, le CVCE en partenariat avec la Fondation du Mérite Européen a organisé au Cercle Cité de Luxembourg une manifestation intitulée «L’UEM à la croisée des chemins. La pensée de Pierre Werner et son actualité au XXIe siècle» à l’occasion de la publication d’un travail de recherche du CVCE sur les réflexions et l’action du Premier Ministre luxembourgeois Pierre Werner en faveur de l’intégration économique et monétaire européenne dans les années 1970. La manifestation a bénéficié du soutien de la Fondation Pierre Werner.
Jean-Claude Trichet, gouverneur honoraire de la Banque de France et ancien président de la Banque centrale européenne, ainsi que Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et ancien président de l’Eurogroupe, sont intervenus pour présenter leurs propres réflexions sur le passé, le présent et l’avenir de la zone euro. La manifestation a réuni plus de 300 personnalités venant du monde politique, diplomatique et académique, ainsi que des milieux économiques et bancaires. À son issue, Jean-Claude Trichet a reçu le Collier du Mérite Européen des mains de Jean-Claude Juncker, président de la Fondation du Mérite Européen. Jacques Santer, ministre d’État honoraire et président du conseil d’administration de la Fondation du Mérite Européen, lui a aussi remis le Diplôme du Mérite Européen.

Après l’ouverture par le Professeur René Leboutte, président du comité d’experts du CVCE, la manifestation s’est déroulée sous la présidence du Dr Susana Muñoz, membre du comité de direction du CVCE. Ouvrant les débats, Elena Danescu, docteur en économie et chercheur au CVCE, présente les résultats de la recherche qu’elle a dirigée sur les archives familiales Pierre Werner auxquelles le CVCE a un accès privilégié dans le cadre d’un partenariat avec la famille Werner. Ce travail, qui s’appuie sur des courriers, des notes personnelles, des rapports non publiés, des archives audiovisuelles, etc. apporte un éclairage nouveau sur les réflexions de Pierre Werner et les préoccupations de son temps en matière économique et monétaire. Il témoigne de la pertinence et de la modernité des préconisations contenues dans le rapport Werner d’octobre 1970, premier rapport officiel sur la réalisation par étapes de l’Union économique et monétaire dans la Communauté. À l’heure où la zone euro s’interroge sur le renforcement de l’union économique et monétaire, le rapport Werner défendait déjà la création d'un «centre de décision pour la politique économique placé sous le contrôle démocratique du Parlement européen élu par suffrage universel», ainsi que d'un «système communautaire de banques centrales».

Ce travail de recherche est accessible sur le site internet du CVCE (www.cvce.eu/recherche/projet-werner). Présenté sous la forme d’un corpus de recherche, il comprend une étude scientifique étayée par une collection de 650 documents écrits, 160 photos et 46 extraits d’interviews. Il est disponible en français, en anglais et en allemand.

Dans son intervention «La marche vers une fédération économique et budgétaire en Europe», Jean-Claude Trichet, gouverneur honoraire de la Banque de France et ancien président de la Banque centrale européenne, souligne que, contrairement aux crises financières des années 1980 et 1990, la crise financière de 2007 a trouvé cette fois son épicentre dans les économies développées. Sous l’effet de l’intégration mondiale des marchés financiers, la crise s’est rapidement déplacée des États-Unis vers l’Europe. Le coût des interventions publiques pour éviter un effondrement du système financier européen a agravé la situation budgétaire de plusieurs pays. Six faiblesses ont, selon Jean-Claude Trichet, conduit à ce que la crise se creuse dans la zone euro: la mauvaise application du Pacte de stabilité et de croissance, l’absence de correction des déséquilibres macroéconomiques apparus entre les États membres, l’absence d’une union bancaire, l’absence d’un mécanisme de gestion de crise, l’absence d’un marché unifié des services et l’insuffisance des réformes structurelles dans les États membres.

«Il faut créer une zone à monnaie réelle unique»

Jean-Claude Trichet observe que, sous l’effet de la crise, la zone euro a connu une évolution très importante: la gouvernance économique a été profondément réformée avec l’adoption du «Six-Pack» (un ensemble de cinq réglements et d’une directive de l’Union). Des dispositifs de solidarité propres à la zone euro ont été adoptés depuis l’été 2010, dont en dernier lieu le mécanisme européen de stabilité doté d’une capacité financière de 700 milliards d’euro.

Des améliorations demeurent nécessaires en matière de gestion de crise. Jean-Claude Trichet propose que, dans des «cas absolument exceptionnels», l’Union puisse exercer à l’égard d’un pays en profonde difficulté financière, une autorité budgétaire. Ce transfert temporaire de responsabilité politique devrait respecter de façon scrupuleuse le principe de subsidiarité et les principes démocratiques. La légitimité politique d’une telle évolution imposerait qu’en dernière analyse, les décisions soient prises par les représentants des peuples de la zone euro.

Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et président de l’Eurogroupe entre 2005 et 2013, s’attache dans son allocution à examiner «L’Europe au-delà de l’euro». L’environnement mondial est en pleine mutation: par ses dimensions géographiques et sa démographie, l’Europe n’est plus au XXIe siècle qu’un petit continent. Sous cet angle, les divisions internes ne servent pas l’intérêt de l’Europe et des Européens. La construction de l’unité doit être la perspective gouvernant l’action des Européens. Cette unité ne se réduit pas à des aspects matériels, le marché unique ou la monnaie unique: l’Europe est un projet porteur de sens politique. Le continent européen fut le théâtre de conflits comme d’élans pacifiques. En cela, la paix qui existe entre les Européens demeure un état fragile et appelle une vigilance et des efforts sans cesse renouvelés. Les démons du passé n’ont pas disparu avec la fin du deuxième conflit mondial. Un effort d’explication sur l’Europe est nécessaire pour les nouvelles générations.

«Il faut apprendre aux Européens la fierté de l’Europe»

Le Premier ministre reconnaît que les politiques d’austérité conduites à travers l’Europe ont mis à mal le modèle social européen. Cependant, il appelle à la poursuite des politiques de rigueur et à la mise en œuvre des réformes structurelles et macroéconomiques.

«On ne combat pas le déficit par l’accumulation de déficit»

Selon Jean-Claude Juncker, l’avenir de l’Europe ne doit pas être réduit aux États-Unis d’Europe, concept qui tend à dénier l’attachement des citoyens européens à leur nation respective. En revanche, le Premier ministre estime que l’intégration monétaire doit être appuyée par une plus forte unité dans d’autres domaines. Pour apparaître unie, l’Europe doit se doter d’une véritable armée, d’une diplomatie, d’une représentation unifiée dans les organisations internationales, dont l’ONU. Autant d’évolutions déterminantes qui exigent du temps et de la patience.

Après cette conférence, le Premier ministre Jean-Claude Juncker a remis le Collier du Mérite Européen et le ministre d’État honoraire et président du conseil d’administration de la Fondation du Mérite Européen, Jacques Santer, a remis le Diplôme du Mérite Européen à Jean-Claude Trichet pour son action en faveur de l’intégration monétaire de l’Europe. Le discours laudatif a été prononcé par le Premier ministre Jean-Claude Juncker.