Communiqué de presse

«L’habitat fait partie intégrante de notre business model»

30 Novembre 2017
Cesar Bazan (Mibanco), Alvaro Ayón (Cooperativa de Ahorro y Préstamo Tosepantomin), Paula Cortes (ADA Luxembourg), Pour Iván Gutiérrez (Redcamif) et Alex Perez (The First MicroFinance Bank)
De gauche à droite: Cesar Bazan (Mibanco), Alvaro Ayón (Cooperativa de Ahorro y Préstamo Tosepantomin), Paula Cortes (ADA Luxembourg), Iván Gutiérrez (Redcamif) et Alex Perez (The First MicroFinance Bank). (Photo: Olivier Minaire)

Alors que la Semaine européenne de la microfinance a tout juste débuté, ce 41e Midi de la microfinance et de l’inclusion financière était l’occasion d’aborder le sujet du rôle de la microfinance dans l’accès au logement. Pour en débattre, la Banque de Luxembourg a accueilli au sein de ses locaux les trois institutions finalistes du Prix européen de la microfinance 2017, ainsi que le directeur du réseau de microfinance Redcamif en Amérique centrale, partenaire historique de ADA.

Bien que la microfinance ait pour mission initiale de répondre aux besoins de financement des activités productives et commerciales des populations les plus pauvres, force est de constater que les besoins ont évolué. Aujourd’hui encore, près de 50% de la population mondiale n’a pas de quoi se loger, alors que l’accès au logement est considéré comme un droit humain fondamental. Les clients ont désormais besoin d’un toit non seulement pour exercer une activité professionnelle qui leur génère des revenus, mais aussi pour y vivre avec leur famille. Le plus souvent d’ailleurs, il s’agit du même toit.

Puisque les institutions financières traditionnelles peinent à subvenir à ces besoins personnels, la microfinance a pris le relais pour se positionner sur ce segment de la population. C’est ainsi que de nombreux acteurs de la finance inclusive, comme des banques, ONG, ou encore institutions de microfinance, développent de nouveaux produits financiers et non financiers, adaptés aux besoins des populations locales.

Invitées pour témoigner de cet élan d’initiative, les trois institutions de microfinance First MicroFinance Bank en Afghanistan, Mibanco au Pérou, et Cooperativa de Ahorro y Préstamo Tosepantomin au Mexique ont livré leurs réponses à l’occasion de ce Midi.

D’après eux, tout commence par la demande sur le terrain: «La demande existe; il y a un réel besoin local qui nous pousse à créer des produits en faveur de l’habitat, soit parce que le contexte est défavorable, soit parce que nos clients n’ont pas les ressources financières suffisantes.» D’après Alex Perez, directeur de la stratégie durable et de l’analyse client chez The First MicroFinance Bank en Afghanistan, «les produits que nous proposons ont pour objectif de générer un impact social positif, d’améliorer la qualité de vie de nos clients. L’habitat fait partie intégrante de notre business model». Pour Alex Perez, «20% du portefeuille de crédits que nous octroyons sont consacrés à l’amélioration ou la rénovation du logement existant. C’est conséquent».

Cesar Bazan, chef de produit chez Mibanco au Pérou, précise qu’il est indispensable de créer des alliances commerciales autour du produit, tellement les matériaux sont chers. «Nous avons développé une méthodologie bien spécifique avec tous les acteurs qui entrent en jeu dans la construction: nous proposons des outils complémentaires au produit, comme par exemple des assurances pour protéger l’investissement du micro-entrepreneur.»

Alvaro Ayón, président du conseil d’administration de la Cooperativa de Ahorro y Préstamo Tosepantomin au Mexique, propose quant à lui des produits respectueux de l’environnement, comme des techniques de récupération de l’eau de pluie ou la mise en place de panneaux solaires.

Selon Alex Perez, la difficulté consiste à concevoir un produit, alors même qu’on ne dispose pas d’informations suffisantes sur le marché: où construire, comment, à qui et avec quels matériaux, telle est la question initiale à laquelle tous doivent répondre avant de se lancer.

«Il est risqué d’évaluer le succès d’un produit lorsque vous n’avez pas de point de comparaison existant», poursuit Alex Perez. «Il faut être bien entouré, s’appuyer sur des partenaires de terrain. En plus de nos produits, nous proposons également à nos clients une assistance technique via un réseau de partenaires», complète Alex Perez, «afin de les conseiller dans leur choix de matériaux par exemple». Même chose pour la coopérative mexicaine Tosepantomin, qui a collaboré quant à elle avec une coopérative qui fournit à ses clients des matériaux de construction à faible coût.

L’occasion pour Redcamif de rappeler le soutien qu’ils ont reçu de l’organisation luxembourgeoise ADA depuis de nombreuses années déjà, avec laquelle ils ont mis en place un projet pilote en Amérique latine avec 11 autres institutions, qui a permis de développer 6 produits, chacun adapté aux besoins des populations locales.

Au final, ce Midi aura été l’occasion d’aborder une nouvelle approche de la finance inclusive: de plus en plus, les institutions financières explorent de nouvelles solutions pour répondre aux besoins personnels et professionnels des populations exclues des circuits bancaires classiques.