Impact des élections américaines sur les marchés

25 Novembre 2016
Guy Wagner, administrateur-directeur de la Banque de Luxembourg Investments
Guy Wagner, administrateur-directeur de la Banque de Luxembourg Investments. (Photo: BLI)

Avec quelques jours de recul et en attendant d’avoir davantage de précisions sur les grandes orientations de l’administration Trump, voici quelques points qui nous semblent importants.

La réaction des marchés:

– il est intéressant de noter la rapidité avec laquelle les investisseurs/marchés sont passés de «Trump = calamité» à «Trump = sauveur de l’économie américaine». Intéressant aussi de voir ceux qui parlaient de fortement réduire le rôle de l’État, miser sur une forte augmentation des dépenses publiques pour stimuler l’économie;

- le marché anticipe une accélération de la croissance à travers notamment une augmentation des dépenses d’infrastructure et une baisse massive des impôts sur les ménages et les entreprises. Il a dès lors révisé à la hausse ses anticipations sur l’inflation et le déficit budgétaire. Ces facteurs ont entraîné une nette remontée des taux obligataires, le rendement de l’emprunt d’État à 10 ans passant de 1,80% à 2,3% en quelques jours;

– au niveau du marché boursier, les secteurs cycliques et financiers ont été parmi les principaux bénéficiaires, les premiers profitant des attentes de relance des dépenses d’infrastructure, les deuxièmes d’une courbe des taux plus raide et d’une éventuelle dérégulation financière. À l’exception du secteur de la santé (qui redoutait la mesure en place de contrôles plus stricts sur les prix des médicaments), les secteurs traditionnellement considérés comme défensifs ont par contre souffert de la remontée des taux d’intérêt et des incertitudes sur les relations commerciales futures entre les États-Unis et le reste du monde. Ces incertitudes (et la crainte de représailles) ont également pesé sur le secteur de la technologie, malgré la possibilité d’une «amnistie fiscale» sur le rapatriement des liquidités que les grandes entreprises du secteur détiennent à l’étranger;

– au niveau régional, les marchés émergents ont souffert de l’appréciation du dollar (une partie importante de leur endettement étant en USD), de la remontée des taux obligataires et des craintes.

Taux à 10 ans aux États-Unis de restrictions commerciales, le marché mexicain étant évidemment particulièrement affecté. À l’autre extrême, après un accès de panique initial, le marché japonais a notamment bénéficié de la dépréciation du yen;

– les anticipations d’une accélération de la croissance aux États-Unis ont également, à travers la remontée des taux obligataires et les attentes d’un resserrement plus marqué de la politique monétaire de la Réserve fédérale, conduit à une appréciation du dollar. Les mêmes éléments sont à l’origine du recul du cours de l’or.

Les considérations économiques:

L’élection de Donald Trump représente-t-elle vraiment un changement de paradigme en matière économique? Voici quelques éléments de réponse:

– nonobstant les chiffres sur la croissance au troisième trimestre qui témoignaient d’une croissance de 2,9%, contre 1,4% au deuxième trimestre, l’économie américaine montre des signes de ralentissement. (Le chiffre du troisième trimestre s’explique en partie par des facteurs non récurrents). Ce ralentissement est normal, le cycle d’expansion actuellement en cours ayant démarré il y a plus de 6 ans. Il en résulte qu’une grande partie de la demande latente (qui peut s’accumuler en période de récession) est aujourd’hui satisfaite;

– même en l’absence d’une éventuelle hausse du taux directeur de la Réserve fédérale début décembre, la remontée des taux obligataires (et donc des taux hypothécaires) et l’appréciation du dollar équivalent déjà à un resserrement monétaire important qui va peser sur la croissance économique. D’autant plus que l’endettement des trois principaux secteurs non-financiers (ménages, entreprises, secteur public) a continué à fortement augmenter au cours de l’année écoulée (en absolu et en relatif par rapport au PIB);

– le surendettement massif des différents agents économiques rend l’économie très vulnérable à toute remontée des taux. Le faible coût de la dette est la seule raison pour laquelle ce surendettement n’a pas encore plongé l’économie en récession. Il se peut que les mesures qui seront mises en place par l’administration Trump créent de l’inflation, surtout si ces mesures vont dans la direction d’un certain protectionnisme en matière de relations commerciales. Il est vrai aussi qu’une des solutions souvent évoquées pour réduire le surendettement consiste à créer de l’inflation, cette dernière diminuant le coût réel de la dette. Toutefois, si la hausse de l’inflation provoque une remontée des taux égale, voire supérieure à celle de l’inflation, l’économie va souffrir;

- les attentes placées dans la hausse éventuelle des dépenses d’infrastructure semblent démesurées. Tout d’abord, la grande majorité des dépenses d’infrastructure aux États-Unis sont décidées au niveau local et pas au niveau fédéral. Ensuite, les mesures éventuellement prises par l’administration Trump au niveau des dépenses publiques et des réductions d’impôts ne porteront leurs fruits que dans 12 à 18 mois au plus tôt (en supposant que ces mesures soient conçues de façon assez intelligente pour avoir un effet multiplicateur positif sur l’économie).

En conclusion, l’économie américaine devrait ralentir dans les mois à venir, à moins de penser que l’élection de Donald Trump ne provoque une vague d’optimisme de nature à entraîner une forte augmentation de la consommation et de l’investissement privés. Une telle augmentation ne serait toutefois pas soutenable, étant donné la situation financière des ménages et des entreprises.

Retrouvez l’«impact sur notre stratégie d’investissement» sur le site de la Banque de Luxembourg Investments.