Comment choisir une obligation? Aperçu et illustrations

26 Octobre 2016 Par Jean-Philippe Dongé
Jean-Philippe Donge, head of fixed income BLI. (Photo: BLI)

Ça y est, l’automne est réellement là. Déjà, les rhumes s’invitent dans notre quotidien. Bientôt, les feuilles joncheront nos trottoirs. Que diriez-vous d’imaginer un voyage pour une destination plus ensoleillée, à plusieurs milliers de kilomètres d’ici, histoire de rompre, le temps de quelques lignes, avec la grisaille qui s’installe.

Forcément, cela devrait commencer par un long voyage… Et sept heures de vol à passer assis à côté d’un passager n’auront pas le même effet selon différents aspects, comme le parfum porté par votre voisin(e) ou son degré de loquacité. Pourtant, votre billet aura coûté le même prix (pour une classe donnée). Ainsi, pour un «investissement» équivalent, un passager assis trois sièges derrière vous, par exemple, pourra retirer une plus grande satisfaction de son voyage s’il est seul à occuper sa rangée.

Tout est donc relatif.

Un investissement obligataire, encore plus

Fort heureusement, en matière d’investissements obligataires, vous pouvez décider, et ce jusqu’à un certain point, de la qualité du voyage que vous désirez accomplir:

  • relativement agité, pour ne pas dire «volatil», avec l’espoir d’en retirer un gain maximal;
  • relativement calme et confortable, avec l’objectif de ne subir aucune contrariété tout en acceptant le prix à payer;
  • un compromis entre les deux précédents, parmi plusieurs possibles.

En réalité, en matière d’investissements obligataires, il est non seulement possible de déterminer votre classe et votre siège mais aussi d’identifier et choisir le passager à côté duquel vous passerez de nombreuses heures avant l’arrivée à destination.

Plus concrètement, pour un même montant, vous avez le choix du risque (AAA ou BBB, soit la classe de voyage) mais aussi de l’émetteur précis (le siège) appartenant à cette catégorie de risque. De fait, il devient envisageable d’optimiser votre investissement en identifiant le débiteur qui offrira un meilleur rendement pour un risque supposé équivalent.

Ceci ne constitue ni plus ni moins qu’une démarche de valorisation relative des opportunités qui se présentent à vous: «Vais-je choisir la première classe, ou la classe économie? La rangée de gauche ou celle de droite? Le passager qui a retiré ses souliers ou celui/celle qui les a conservés?» Reviennent à poser les questions suivantes: «Vais-je investir sur du AAA ou du BBB (classe)? En catégorie BBB, vais-je choisir Telefónica ou Deutsche Telekom (siège)? L’émission en euro ou l’émission en dollar (passager/parfum)?, etc.»

Des opportunités multiples qui offrent autant de combinaisons possibles

Quel que soit l’arbitrage effectué, il y a toujours une implication: assumer un risque politique, un risque de change, un cycle défavorable à un secteur particulier, ou, tout simplement, un prix plus élevé. Dans le dernier exemple, choisir d’aller sur l’émetteur offrant le plus de rendement, l’emprunt du Trésor US échéant en 2025, implique de se dire, qu’en tant qu’investisseur en euro, nous avons une vue positive sur l’évolution du dollar et des taux sur ce marché, sur les neuf prochaines années… Dans l’exemple quatre, plus haut, le choix du Mexique plutôt que de la Pologne peut être nuancé par le fait qu’il existe un émetteur de qualité moindre bien qu’offrant un rendement similaire au Mexique, le Paraguay. Celui-ci pourrait présenter plus de satisfactions si sa notation venait à être revue à la hausse. L’investisseur pourrait alors tabler sur une contraction du différentiel de rendement du fait de l’amélioration de la notation (avec une surperformance des emprunts du Paraguay par rapport à ceux du Mexique). Tout ceci doit être nuancé en fonction des attentes de l’investisseur, de sa tolérance aux différents risques, etc. Des réflexions similaires peuvent être effectuées dans chacun des cas d’arbitrage possibles présentés plus haut.

Retrouvez l'article ainsi que les graphiques sur le site de la Banque de Luxembourg Investments.